La loi de bioéthique de 2021 a consacré le droit des enfants issus dâune PMA réalisée avec un tiers donneur à accéder à leurs origines (cf. « LâAMP avec tiers donneur nâest pas quelque chose dâanodin » ni pour les receveurs, ni pour le donneur). Mais en raison des tensions sur le stock de gamètes générées par une « demande » très importante [1], les gamètes issus de lâ« ancien régime »[2] ont continué à être utilisés jusquâà présent (cf. Accès aux origines : les gamètes « ancien régime » prolongés jusquâen 2025).
Cette situation doit prendre fin le 31 mars 2025 en vertu du décret du 16 août 2023. A compter cette date, seuls les gamètes pour lesquels les donneurs ont consenti à voir levé leur anonymat pourront être utilisés. Ainsi, les gamètes « ancien régime » devront être détruits. Une mesure qui concerne aussi les embryons qui ont été conçus [3]. Une femme ayant recours à la PMA en février 2025 pourra se faire implanter un embryon issu dâun donneur anonyme, mais les autres embryons conçus à cette occasion devront en revanche être détruits au 31 mars. Elle ne pourra pas y recourir plus tard.
Lâopposition des professionnels, lâembarras des autorités
« Lâensemble des sociétés savantes et des professionnels de lâAMP sâopposent à cette destruction », affirme le collectif BAMP [4] sur facebook. Lâassociation a participé à une réunion qui sâest tenue le 13 janvier dernier au sujet de cette échéance. Des propositions « rassurantes » auraient été faites par le ministère, précise le collectif.
Les autorités seraient en effet « en train dâévaluer, en lien avec lâAgence de la biomédecine, âles mesures nécessairesâ pour respecter âles principes de la loi bioéthiqueâ, mais aussi âles réalités des parcours de PMAâ, sans oublier âle droit dâaccès aux origines des enfants nés dâune PMAâ » [5]. Sâagirait-il de permettre à certains couples de contourner la loi ? Ou seulement de reporter les délais légaux jusquâau vote dâune nouvelle loi de bioéthique ?
Outre les embryons conçus avec un tiers donneur anonyme, les embryons donnés par des couples dans le cadre de lâ« ancien régime » sont également visés par la destruction, si les donneurs nâont pas consenti à la levée de leur anonymat. Selon le rapport médical et scientifique de lâAgence de la biomédecine, 307 398 embryons étaient conservés au 31 décembre 2022. Et des milliers dâentre eux pourraient être bientôt détruits.
[1] Cette demande est notamment causée par lâautorisation qui a été donnée aux femmes célibataires et aux couples de femmes dâaccéder à la PMA. Ces femmes ont nécessairement besoin de recourir à un donneur de gamètes.
[2] Câest-à -dire ceux issus de donneurs nâayant pas consenti à la levée de leur anonymat
[3] Le décret précise en effet quâà compter du 31 mars ne pourront être utilisés « pour une tentative dâassistance médicale à la procréation [PMA] que les gamètes et les embryons proposés à lâaccueil pour lesquels les donneurs ont consenti à la transmission de leurs données non identifiantes et à la communication de leur identité en cas de demande des personnes nées de leur don ».
[4] Association de personnes ayant eu recours à lâAssistance médicale à la procréation (AMP ou PMA)
[5] Le Monde, Destruction des gamètes anonymes au 31 mars : incertitude sur le sort des embryons, Camille Stromboni (25/01/2025)