Le directeur de l’Ifop ne tient plus dans ses bottes …

Bastien Lachaud et Paul Vannier ont été visés par une plainte du directeur de l’Ifop après avoir qualifié ce sondage de «bidon» et au service d’un «agenda islamophobe».

Nouveau rebondissement dans l’affaire du sondage Ifop sur l’Islam en France du 18 novembre dernier. Plusieurs élus de la France insoumise (LFI) avaient remis en cause le sérieux de cette publication et l’avaient qualifié d’«islamophobe» ou «d’extrême droite». Les députés Bastien Lachaud (Seine-Saint-Denis) et Paul Vannier (Val d’Oise) avaient été visés par deux plaintes de l’Ifop. Le député du Val d’Oise avait aussi été visé par d’autres plaintes de la revue commanditaire Écran de veille et de plusieurs journalistes. Ce mercredi, 26 novembre, LFI contre-attaque. Bastien Lachaud, Paul Vannier et Antoine Léaument (Député LFI de l’Essonne) ont annoncé saisir la commission des sondages.

Fondée en 1977, la commission des sondages est une autorité administrative composée de neuf membres issus notamment du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et de la Cour des comptes. Parmi ses missions, la commission peut vérifier que les sondages ont été commandés, réalisés et publiés conformément à la loi. Aussi les députés LFI demandent-ils à la commission «d’examiner» le cas du sondage Ifop et «de [leur] faire connaître les suites [qu’elle entend] y donner». Les parlementaires n’évoquent pas dans leur courrier les critiques émises par LFI ces derniers jours sur les méthodes de l’Ifop (questions posées, étrangers interrogés, etc.), mais reprochent à l’institut de sondage d’avoir porté plainte.

Peut-on être objectif et porter plainte contre LFI ?

«La plainte de l’IFOP contre deux députés ayant critiqué ses travaux marque un nouveau seuil et éloigne gravement l’institut des principes déontologiques qui devraient encadrer l’activité de tout acteur produisant des sondages», soulignent les élus LFI. «Un institut de sondage peut-il continuer à prétendre à l’objectivité alors qu’il s’efforce de censurer tout critique de ses travaux ? Un institut peut-il équitablement sonder l’ensemble des forces politiques lorsqu’il engage une action en justice contre certains de leurs représentants ?»

Les plaintes déposées par l’Ifop interrogent «l’impartialité qu’un institut prétend garantir lorsqu’il mesure l’opinion publique», souligne Bastien Lachaud sur X. «Nous refusons cette dérive.» Le député dit attendre «que la Commission des sondages examine ce cas et rappelle fermement que mesurer l’opinion ne signifie pas contrôler le débat public». C’est une «nouvelle tentative de censurer toute critique des travaux de l’Ifop», ajoute Paul Vannier. Dans un tweet publié ce mardi après-midi, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi mis en cause «le sondeur OPIF».

Qui est Frédéric Dabi, directeur Opinion de l’Ifop, critiqué pour son dernier sondage sur l’islam ?
Critiqué pour ses sondages biaisés, Frédéric Dabi qui est un habitué de chaînes réputées islamophobes et pro-israéliennes, a aussi participé au rassemblement d’extrême droite d’Agir Ensemble pour mettre en garde sur une prétendue “menace islamiste”.
Qui est Frédéric Dabi, directeur Opinion de l’Ifop, critiqué pour son dernier sondage sur l’islam ?
Frédéric Dabi est connu pour son intervention lors du rassemblement d’extrême droite et pro-israélien d’Agir Ensemble

Un récent sondage de l’Institut français d’opinion publique (Ifop) sur l’islam et les musulmans en France a mis le feu aux poudres, ravivant les inquiétudes d’une communauté déjà sous pression. Plusieurs conseils départementaux du culte musulman, rejoints par des associations, dénoncent une enquête qui, selon eux, distille “le poison de la haine” et alimente un climat de suspicion grandissant à l’égard des musulmans.

L’étude, réalisée auprès de 1 005 personnes, met en lumière une “hausse de la pratique religieuse, particulièrement chez les jeunes en France”, ainsi qu’une “adhésion plus forte à des normes religieuses strictes”. Elle indique aussi qu’une part notable des répondants exprime une sympathie pour certains idéaux “islamistes” et que les références religieuses priment parfois sur la loi française chez les plus jeunes.

Cadrage jugé réducteur, questions orientées, biais méthodologiques… Les critiques pointent un sondage qui, loin d’éclairer le débat public, risquerait au contraire d’alimenter les stéréotypes et la stigmatisation.

D’ailleurs, depuis plusieurs années, les enquêtes de l’Ifop se focalisent sur la visibilité de l’islam, le port du voile, la “radicalisation” ou encore la compatibilité entre islam et République. Autant de thèmes qui, selon leurs détracteurs, enferment les musulmans dans une lecture strictement sécuritaire.

Qui est Frédéric Dabi ?

Plusieurs intervenants dans le débat public, ont critiqué le sondage de l’Ifop, parmi lesquels les députés LFI de Seine-Saint-Denis et du Val d’Oise Bastien Lachaud et Paul Vannier.

C’est une « opération de stigmatisation de nos compatriotes musulmans pilotée » par l’Ifop, a dénoncé le député LFI Paul Vannier.

Le député Bastien Lachaud a quant à lui estimé – dans un message sur ses réseaux sociaux – qu' »une fois de plus, on voit surgir un ‘sondage’ taillé sur-mesure pour fabriquer de la suspicion, de la stigmatisation et de la division ».

Pour le directeur général Opinion du groupe Ifop, les réactions sur ce sondage sont « excessives ».

« L’Ifop a décidé de porter plainte contre deux députés de La France insoumise qui nous ont mis une cible dans le dos », a-t-il annoncé.

Depuis, les fortes suspicions autour du manque d’impartialité autour du sondage de l’Ifop, se sont étendues jusqu’au directeur de l’institut, qui est soupçonné d’avoir des préjugés compte tenu de ses interventions dans certains événements et médias très marqués idéologiquement contre les musulmans de France.

Frédéric Dabi est connu pour être un habitué de certains médias audiovisuels d’extrême droite et pro-israéliennes, comme CNews, Radio J et i24.

Il participe également aux dîners annuels du Crif, auquel il a accordé plusieurs entretiens. Le Crif lui a aussi commandé en septembre dernier, le fameux sondage très critiqué selon lequel “71% des Français” seraient contre la reconnaissance d’un Etat palestinien.

En outre, en 2018, il avait participé à un forum intitulé “J’aime Israël” à Paris, aux côtés du philosophe pro-israélien Bernard Henri-Lévy.

Depuis octobre 2023, certains sondages de l’Ifop ont été critiqués, notamment une enquête mesurant la confiance accordée aux responsables politiques dans la lutte contre l’antisémitisme, où Jean-Luc Mélenchon apparaissait en dernière position, renforçant ainsi les discours visant à discréditer la lutte pro-Palestinienne en France.

Plusieurs commentateurs avaient jugé ces enquêtes insuffisamment contextualisées et susceptibles d’alimenter des interprétations politiques erronées.

Mais plus grave encore, en plein génocide palestinien à Gaza, en mars dernier, Frédéric Dabi est également intervenu lors du rassemblement d’extrême droite et pro-israélien d’Agir Ensemble, afin de présenter une étude pour le lobby sioniste Elnet. Il y a prononcé un discours sur “le regard des Français sur la menace terroriste islamiste”.