Dans tous les aspects de la vie en société, la participation des musulman·es est surveillée, voire entravée. Une mise au ban inscrite directement dans les politiques publiques par un pouvoir qui fait la cour à lâextrême droite, sous le regard amorphe dâune partie de la gauche, qui laisse faire â quand elle ne se met pas dans la roue des artisans du ressentiment.
Lâislamophobie, ici, ne sâarticule pas autour dâune critique de la religion, mais dâun rejet organisé des croyant·es. Galvanisé·es par cette atmosphère irrespirable, des Français·es passent à lâacte partout dans le pays. Avant lâassassinat, il y a lâagression physique, lâinsulte, le crachat, la discrimination.
Et pourtant, dâaprès le ministre de lâintérieur, Bruno Retailleau, chargé des cultes, « lâislamophobie » nâest rien dâautre quâ« un mot forgé par les Frères musulmans ». Empruntée à lâextrême droite, cette rhétorique nâa quâun but : décrédibiliser le mot pour balayer une réalité sociale. Sur les cinq premiers mois de lâannée 2025, les actes antimusulmans ont connu une hausse spectaculaire de 75 % : 145 ont été recensés par le ministère de lâintérieur, contre 83 sur la même période de 2024. Ces chiffres, en plus dâêtre largement en deçà  de la réalité, ne disent rien des vies détruites ou empêchées.
En épluchant la presse, en prenant en compte les alertes des associations et en recoupant nos propres informations, nous dénombrons au moins un fait islamophobe tous les deux à trois jours depuis janvier. Pour donner à  voir ce pays déformé par la haine, Mediapart raconte, dans le menu détail, six mois dâislamophobie en France.
Janvier
« Le voile nâest pas quâun bout de tissu, câest un étendard pour lâislamisme »

Dâaprès le ministère de lâintérieur, lâislam est la source de bien des maux. Pour lutter contre le terrorisme, Bruno Retailleau promet de sâattaquer au seul « totalitarisme islamique », ou encore à  « lâislamisme des Frères musulmans », source de « séparatisme ». Le voile des femmes musulmanes est un autre « étendard pour lâislamisme » quâil veut interdire aux mères pendant les sorties scolaires, et aux étudiantes à lâuniversité.
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« 2024 a été une année particulièrement difficile, où vous avez approché vos limites. 2025 sera pire encore » : le préfet des Alpes-Maritimes Hugues Moutouh a ainsi mobilisé les forces de lâordre lors de ses vÅux, le 11 janvier à  Nice. Il a particulièrement insisté sur le narcotrafic, « une activité criminelle de bandes originaires des cités », qui profitent dâune « immigration subie et non choisie » en sâen servant comme dâune « main-dâÅuvre abondante et vulnérable ».
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En Haute-Savoie, les murs de nombreux bâtiments emblématiques de la communauté musulmane â une mosquée, des commerces halals et même une habitation â ont été recouverts de tags racistes et islamophobes : « Arabes dehors », « Sale race », « Islam dehors », « Free France », etc. Câétait dans la nuit du 13 au 14 janvier, à Bonneville, Gaillard, La-Roche-sur-Foron, Fillinges ou encore Vétraz-Monthoux, rapporte Ici, soit dans un rayon de 20 kilomètres. « Nos voitures ont aussi été taguées et caillassées », raconte à Mediapart Abdelhamid Korbaa, directeur du supermarché Riadh à Gaillard.
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Lâinfluenceuse dâextrême droite Samia Mezhoud alias « samissou », 27 100 followers sur TikTok, 22 000 sur YouTube, enchaîne les vidéos racistes et islamophobes. Parmi les propos incriminés : « Si tu es vraiment musulman à cent pour cent, tu es islamiste », « Quand ils sont dans un pays, il y a des actes terroristes », « Dès quâon critique votre idéologie, vous coupez des têtes [â¦], câest de la barbarie ».
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Des actes « abjects » contre la mosquée
Saint-Omer
Le 21 janvier, une grenade a été retrouvée près de la mosquée de Saint-Omer (Pas-de-Calais). Des démineurs sont intervenus pour neutraliser lâarme, qui sâest révélée être une grenade au plâtre dâentraînement. Une femme a été interpellée le lendemain des faits et jugée le 28 janvier. Elle a écopé de sept mois de prison avec sursis, rapporte La Voix du Nord. Le maire de la ville, François Decoster (MoDem), a dénoncé un « acte odieux » et organisé une manifestation en soutien de la communauté musulmane. Trois cents personnes se sont rassemblées le 1er février. Tous les représentants des cultes étaient présents.
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Cette fois, câest une petite mosquée de Cherbourg-en-Cotentin qui a été visée, celle de la communauté turque, installée dans un pavillon discret : le 26 janvier, y a été découvert un tag islamophobe, une grossière tête de cochon.




