Trois intéressantes illustrations du contrôle juridictionnel sur la fermeture d’établissements privés en ce mois d’avril 2025 (collège lycée « Bienheureux Frassati » ; Génie en Herbe ; lycée confessionnel musulman Averroès)

Le juge des référés du tribunal administratif de Nancy a jugé que la fermeture définitive du collège lycée « Bienheureux Frassati », ordonnée par la préfète des Vosges par un arrêté du 9 avril 2025, après avis du recteur de l’académie Nancy-Metz, ne portait pas une atteinte manifestement grave et illégale à la liberté d’enseigner et au droit à une scolarisation.
Quelques jours après, en Guadeloupe, à Petit-Bourg, la fermeture définitive de l’établissement hors contrat, « Génie en Herbe », est suspendue jusqu’au jugement au fond de l’affaire. Le juge des référés a estimé que la fermeture définitive de l’établissement présentait un caractère disproportionné
Il a en effet estimé que même si l’établissement n’a pas respecté les règles en matière d’hygiène et de qualification de certains enseignants, les témoignages recueillis en février 2023 et en avril 2024 ne permettent pas de mettre en cause la sécurité affective et physique des élèves.
Source : TA de La Guadeloupe, ord., 22 avril 2025, n° 2500305
Et le lendemain, même résurrection pour un autre établissement privé : le désormais célèbre lycée confessionnel musulman Averroès, situé à Lille… qui avait vu son contrat d’association résilié par le préfet du Nord du 7 décembre 2023… au nom de manquements graves au droit qui, selon le TA, ne sont pas remplies (et, en sus, pour le juge, la procédure suivie a été entachée d’irrégularités).
Pour plusieurs des manquements reprochés à l’établissement, il a estimé que l’administration n’avait pas suffisamment démontré leur existence : tel était le cas de ceux tenant au manque de pluralisme culturel de la documentation accessible aux lycéens, au caractère contraire aux valeurs de la République du cours d’éthique musulmane, à la mise en œuvre d’une stratégie d’intimidation des inspecteurs et à l’existence d’un système de financement illicite.
Pour les seuls manquements dont la démonstration avait été apportée, à savoir un refus d’inspection inopinée devant se tenir en même temps qu’une commission de sécurité, ainsi qu’un fonctionnement non conforme aux statuts de l’association de son bureau exécutif, le tribunal a considéré qu’ils n’étaient pas d’une gravité telle qu’ils pouvaient justifier la résiliation contestée.
Par ailleurs, le tribunal a aussi retenu l’existence de vices de procédure ayant entaché la réunion de la commission de concertation, qui le 27 novembre 2023, devait rendre un avis contradictoire sur le projet de résiliation et en particulier le fait que l’un des manquements reprochés à l’association n’avait été porté à sa connaissance que trop tardivement pour pouvoir s’en expliquer et il en avait été de même de la communication du principal document sur lequel reposait la critique de la documentation accessible aux élèves.
Ces décisions illustrent la grande variété des appréciations au cas par cas en ces domaines, démontrées par de nombreux articles publiés au sein du présent blog.
Ce mercredi, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du préfet du Nord de rompre le contrat d’association entre l’établissement privé musulman Averroès et l’État français.
Le contrat a été résilié par la préfecture en fin d’année 2023, et après plus d’un an de procédure judiciaire, l’établissement va pouvoir de nouveau toucher les subventions étatiques.
Le tribunal administratif de Lille a considéré que les “manquements graves” avancés par la préfecture ne justifiaient pas la rupture du contrat d’association. De plus, le tribunal a dénoncé une procédure judiciaire “entachée d’irrégularités”.
Cette décision est une bonne nouvelle pour le respect des droits des personnes et institutions musulmanes, dans un contexte national où les discours politiques et médiatiques engrainent et encouragent les discriminations islamophobes.
🔴 C’est avec beaucoup d’émotion que je vous annonce que le lycée Averroes gagne son procès face à l’état. Son contrat est rétabli à effet immédiat. pic.twitter.com/uOlyh2ImGD
— Sefen Guez Guez (@Me_GuezGuez) April 23, 2025
Deux poids, deux mesures révoltants.
Elisabeth Borne s’empresse de faire appel de la décision du tribunal concernant le lycée musulman Averroès mais n’a toujours pris aucune sanction contre l’établissement Notre Dame de Betharram.
Indigne de notre pays. pic.twitter.com/mZOj2F8q1q
— Mathilde Panot (@MathildePanot) April 24, 2025
💬 « Le lycée Averroès est, pour nous, un bastion de cet entrisme (islamiste) »
Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, souhaite que l’État « fasse appel » de la décision de justice rétablissant le contrat entre le lycée musulman lillois et l’État pic.twitter.com/ZyrmITdOby
— BFMTV (@BFMTV) April 24, 2025