Le déplacement d’une mosquée à Cagnes-sur-Mer sème la discorde. Le maire défend un projet permettant de résoudre la problématique des prières de rue, causée par une salle trop petite actuellement.
Il s’agira d’un bâtiment de 750 m² sur un terrain en faisant le double. Un projet de construction de mosquée à Cagnes-sur-Mer est le terrain d’affrontement politique et citoyen. Ce lieu de culte, qui devrait voir le jour à l’angle de l’avenue du Colonel-Jeanpierre et de l’avenue de la Gaude, soulève des débats passionnés.
Louis Nègre, maire LR de Cagnes-sur-Mer, rappelle à France 3 Côte d’Azur qu’il s’agit du déplacement d’une mosquée déjà existante, devenue trop exiguë pour la communauté musulmane de la commune. « Je vais déplacer, transférer la mosquée actuelle – si l’autorisation de permis de construire est délivrée. La salle de prière actuelle est un ancien garage, elle est mal adaptée, trop petite. »
Pour le maire, l’initiative vise avant tout à résoudre une situation de trouble à l’ordre public. « La salle de prière actuelle se trouve en milieu urbain, à proximité d’une école primaire, maternelle, d’un HLM » explique l’élu, rappelant que l’exiguïté du lieu pousse certains fidèles à prier dans la rue.
Le projet est pourtant loin de faire l’unanimité, à commencer par les riverains du quartier où viendra s’installer la nouvelle mosquée.
Des questionnements sur le terrain choisi
Une association de riverains s’est constituée depuis l’annonce de ce projet. L’Association de quartier Riverains des Canebiers Mobilisés (RCM), très active, dénonce un manque de concertation et une absence de transparence. « On l’a appris par voie publique, explique Bastien Coppolani, à l’origine d’une pétition ayant recueilli presque 1 500 signatures. On n’a pas été consultés, et nous n’avons pas eu notre mot à dire. »
Sur leur site internet, ils font part de plusieurs interrogations, notamment quant au brouillage du principe de laïcité en raison de la proximité avec le lycée Renoir, établissement d’enseignement public. «
On arrive pas à comprendre que ce soit collé à un lycée. Les élèves auront vue sur la mosquée. On parle de cinq prières par jour avec 400 fidèles… C’est une grosse salle de concert sous nos fenêtres.
Bastien Coppolani, habitant du quartier
Les riverains listent également d’autres inquiétudes, comme les nuisances sonores, la saturation du stationnement dans un secteur déjà sous pression, ou la dévalorisation immobilière de leur quartier.
Une récupération politique du RN à l’approche des municipales ?
À un peu plus d’un an des élections municipales de 2026, le député RN Bryan Masson n’hésite pas à accuser le maire de clientélisme. « Il veut tenter de capter un électorat » déclare-t-il à France 3 Côte d’Azur.
Ce dernier dit avoir adressé un courrier au ministre de l’Intérieur, exprimant son inquiétude sur plusieurs points. « C’est un quartier particulier avec deux lycées et un complexe sportif, explique-t-il. La municipalité s’est précipitée. » Il estime que l’emplacement présente un risque de prosélytisme religieux en raison de la proximité avec des jeunes en formation. « Il y a une proximité très forte avec de jeunes personnes, parfois très jeunes, qui sont vulnérables » explique-t-il, faisant notamment référence au lycée Renoir, à proximité immédiate du terrain où sera construit le lieu de culte.
Cette préoccupation est partagée par l’association de riverains.
« Le risque de prosélytisme nous fait peur, souligne Bastien Coppolani. On n’est pas contre l’idée d’une mosquée à Cagnes-sur-Mer, ce qu’on défend, c’est notre quartier et nos biens. »
De son côté, Maître Mebarek, avocat de l’Organisation des musulmans de Cagnes-sur-Mer tient à rassurer les forces politiques. Il assure « un financement transparent et 100 % local avec le traçage des dons ».
Il précise également que « les architectes sur le projet respectent le plan d’urbanisme local ». Autrement dit, le bâtiment devra respecter un certain nombre d’exigences en termes d’architecture afin de ne pas trancher avec l’urbanisme du quartier.
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Une communauté qui ne cause aucun problème, assure le maire
Face aux attaques de ses opposants politiques sur la question du prosélytisme, le maire de Cagnes-sur-Mer se veut rassurant : « La question peut se poser quand vous avez des confréries de frères musulmans ou de frères salafistes. En l’occurrence, je suis maire depuis 30 ans et ça fait quelques années qu’on connaît l’association des musulmans de Cagnes-sur-Mer. S’il y avait un risque de prosélytisme, on le saurait déjà. »
Louis Nègre assure maîtriser la sécurité dans sa ville et faire respecter là l’une des composantes de la laïcité, qui est la liberté de culte.
À tous les représentants de ces cultes, je leur explique qu’ils ont des droits, mais aussi des devoirs. (…) Si vous avez en face de vous des gens honnêtes et respectables, et c’est le cas de la communauté musulmane de Cagnes-sur-Mer, pourquoi leur dirais-je qu’ils sont des citoyens de seconde zone ?
Louis Nègre, maire LR de Cagnes-sur-Merà France 3 Côte d’Azur
Malgré les déclarations du maire, l’association de riverains réclame néanmoins toujours de son côté une étude d’impact indépendante ainsi qu’une relocalisation du projet.