Comment faire ses cinq prières quotidiennes lorsqu’on est salarié et musulman ?

Comment faire ses cinq prières quotidiennes lorsqu’on est salarié et musulman ? C’est le dilemme auquel doivent répondre chaque jour Sabrina, Gaby, Sabri et Nadia, qui nous racontent comment ils allient leur vie professionnelle et spirituelle.

Le fait de prier accompagne Gaby depuis son enfance : « C’est un moment privilégié dont personnellement j’ai besoin. On récite la première sourate d’ouverture qu’on appelle La Fâtiha, et une sourate supplémentaire, ça dure entre cinq et huit minutes. » Elle pointe les difficultés que les femmes musulmanes rencontrent dans leur pratique quotidienne de la foi : « Pour les hommes, c’est une obligation d’aller à la mosquée, pas pour les femmes. Dans beaucoup de mosquées on refuse l’accès à l’espace femmes en prétendant qu’il n’y a pas assez de bénévoles. »

« Il y avait l’adrénaline de se dire « faut prier correctement, mais le plus vite possible. »

Gaby met en place des stratégies pour parvenir à prier pendant ses déplacements, mais aussi à la fac, entre ses heures de cours. Avec une amie, elles forment un « binôme de prière » : » On avait toujours un petit tapis de poche, l’une se mettait devant l’escalier, vraiment tout au bout et l’autre surveillait si quelqu’un passait. » Elles mettent des personnes de confiance dans la confidence pour qu’elle surveille pendant que le binôme prie ensemble, pour encore plus vite : « On avait peur, c’était compliqué. On se disait que ça allait très mal finir pour nous si on se faisait prendre. »

« Quand je me prosterne, j’ai l’impression d’être ancrée dans un monde plus important que celui du travail. »

Sabrina travaille en mairie, la prière séquence sa journée et constitue des moments où la pression se relâche : « Certains font du yoga pour se sentir mieux, moi c’est la prière musulmane. » Elle rencontre un collègue qui prie aussi et met à disposition son bureau : « On ne travaille pas dans les mêmes services, on a des badges différents ; donc il m’ouvre un bureau que ni moi, ni mes collègues ne peuvent ouvrir. »

Elle apporte une abaya pour prier : « Je la cache bien sûr,ça n’est pas du tout prosélyte mais apparemment c’est la taqiya*. » Sabrina aussi craint de se faire surprendre : « La manière dont on parle de nous, les musulmans, c’est totalement lunaire. On a vraiment l’impression d’être bestialisés parfois. »

*Signifie « prudence » et « crainte ». Ce terme désigne, au sein de l’islam, une pratique de précaution consistant, sous la contrainte, à dissimuler ou à nier sa foi afin d’éviter la persécution

« Tout musulman est ambassadeur de sa religion, donc on doit bien se comporter. »

Dans l’entreprise de Sabri, les informaticiens doivent assurer un service 24h/24h. Lors d’une permanence nocture, au retour des toilettes, il constate qu’il a un appel manqué d’un utilisateur qui ne décroche plus ensuite. Le lendemain, il est convoqué et interrogé : « Il me demande s’il y a quelque chose d’important à mes yeux ? Je dis non, deux jours après on me licencie. Ils ont vu ma tête d’arabe musulman, comme à cette période là, c’était le ramadan, ils se sont dit que j’étais en train de faire la prière. »

Nadia, infirmière en santé au travail décrit un véritable « parcours du combattant » pour prier dans son bureau : « Je suis en hyper vigilance, à écouter les bruits de pas en espérant que personne ne va ne va rentrer. C’est stressant, ça ne permet pas de savourer la prière. » Quand elle arrive chez Google en 2023, sa pratique change drastiquement grâce à la présence d’une salle de prière dans les locaux de l’entreprise.

« Il y a un côté très soulageant de pas être en train de se diviser à chaque fois entre ses multiples identités. Je me sentais alignée, là, j’étais Nadia à part entière. »

  • Reportage : Aladine Zaïane
  • Réalisation : Louise André et Peire Legras

Merci à Sabrina, Sabri, Gaby et Nadia. Audio à écouter