Le fond et la forme

Machinalement, le commun des mortels s’attache aux apparences plus qu’à la réalité, et à la forme plus qu’au fond. Le Saint Coran et les Traditions Prophétiques constituent le fond de l’Islam, la sincérité et les actions prévalant sur l’aspect physique et les richesses,[1] et les Musulmans en sont la forme imparfaite, particulièrement lorsqu’ils délaissent leur religion et/ou méprisent ceux qui ne sont pas de la même race, de la même nationalité ou de la même tendance qu’eux. La plupart des Sunnites ou Chiites, Tablighis, Soufis, Salafis ou Ikhwanis, Malikites, Hanifites, Chaféites, Hanbalites ou Djafarites, modérés ou islamistes et séparatistes ou entristes (pour coller bêtement à l’actualité), affectionnent de décréter quel Islam est recevable et de déconsidérer les dissidents du leur, sans jamais objectivement analyser et confronter les discordances.
Qu’un avion s’écrase ou qu’un train déraille, en cas d’attentat ou de conflit guerrier, lors des agressions ou des homicides, l’intérêt et l’empathie sont souvent proportionnels à la proximité géographique ou sentimentale des drames. L’être humain n’est vraiment sensible aux malheurs et à l’infortune que lorsque lui-même ou ses proches sont personnellement touchés et bien moins lorsqu’il s’agit d’inconnus, coreligionnaires ou pas, opprimés, massacrés ou vivant dans des conditions misérables. Supposés mieux guidés que les autres, les Musulmans devraient normalement avoir plus d’attention et de compassion envers leurs semblables mais beaucoup pensent, à tort, que leurs pratiques rituelles (les Offices de Prière, les invocations, le jeûne, les offrandes, etc.) les exonèrent de se soucier d’autrui et que leurs « bondieuseries » vont absoudre toutes leurs négligences. Nombreux sont ceux qui manifestent spontanément leur solidarité envers les malheureux et répondent généreusement aux sollicitations mais bon nombre y consentent aussi à contrecœur, par convention ou par ostentation.
Les chamboulements planétaires de toutes sortes et le souci d’améliorer sa condition ont accéléré les migrations vers des contrées plus aisées, altérant le confort et les habitudes des populations locales. Les nantis les plus intransigeants, réfractaires au changement et rechignant à partager leurs acquis avec un nombre grandissant d’« étrangers », en viennent à rejeter en bloc les mœurs exotiques ; ils ne se satisfont plus que les nouveaux venus francisent leurs noms et prénoms, délaissent leurs coutumes vestimentaires et alimentaires pour se fringuer et bouffer à l’occidentale et occultent leurs pratiques religieuses. S’estimant anormaux, certains Musulmans s’imaginent que leurs concessions progressives suffiront à homologuer leur reddition et les prémuniront de l’islamophobie et du racisme. Pas du tout car, pour les identitaires, tous ceux dont l’origine ou l’apparence extérieure leur rappelle la religion d’ALLAH – y compris les renégats et les collabos qui singent le mode de vie occidental – sont coupables par nature et le resteront définitivement, de façon indélébile.
Les Musulmans me font tristement penser à la blague de celui qui tombe d’un immeuble et qui se dit « jusque-là tout va bien » à chaque fois qu’il voit défiler un étage. Ceux qui font des compromis pour se rendre fréquentables n’ont toujours pas compris qu’ils subiront tôt ou tard le même sort que ceux qui ont proclamé prématurément et trop clairement qu’ils n’en feraient pas. Après les Salafistes, les Influenceurs de réseaux sociaux musulmans et les Imams fondamentalistes volubiles, c’est au tour des catalogués Frères Musulmans, dont l’inclinaison propalestinienne et l’antipathie israélienne ont liquidé les velléités pro-occidentales, de passer à la casserole. Dépourvu désormais de toute bienveillance politique et du clientélisme local, en dépit de son intégration et de son entrisme dans les rouages de la société, le Frérisme a trépassé, totalement désavoué y compris par ceux qu’il prétendait gouverner.
Force est de constater que la plupart des donneurs de leçons islamistes qui opéraient dans l’Hexagone – qui n’avaient que la forme et ont fini par toucher le fond, ironiquement parlant – ont totalement retoqué leurs discours ou se sont promptement évaporés. Les forts en gueule se sont mis au garde à vous avant la garde à vue et ont répudié l’islamisme tapageur pour épouser le vivre-ensemble laïco-républicain en secondes noces. Mauvais plan car malgré leurs trahisons et leurs allégeances contre-nature, les « grands-remplacés » les ramèneront quand même et toujours à leur aspect extérieur, étant donné que pour eux la forme compte plus que le fond.
[1] إِنَّ اللَّهَ لاَ يَنْظُرُ إِلَى صُوَرِكُمْ وَأَمْوَالِكُمْ وَلَكِنْ يَنْظُرُ إِلَى قُلُوبِكُمْ وَأَعْمَالِكُمْ ‏ – «DIEU ne regarde ni votre apparence ni vos biens mais regarde vos cœurs et vos actions». Mouslim 45/42 – Ibn Majah 37/44
Daniel Youssouf Leclercq