Ce jeudi 21 août, 150 jeunes de nationalité israélienne et âgés entre 8 et 16 ans ont été refusés d’un parc de loisirs situé à Porté-Puymorens dans les Pyrénées-Orientales. Le gérant du parc a été placé en garde à vue et une enquête a été ouverte par le parquet de Perpignan.
Mais les enfants se sont vu refuser l’entrée par la direction du parc. Ils ont été informés ce mercredi, soit la veille de leur venue prévue, qu’ils ne pourront pas accéder au site de loisirs, a-t-on appris de sources concordantes.
Le gérant aurait alors évoqué, auprès de plusieurs interlocuteurs, ses « convictions personnelles » pour ce refus et aurait invité ses employés à faire valoir leur droit de retrait, « avant d’avancer d’autres justifications auprès d’autres personnes », précise le communiqué de presse du parquet.
Une version niée par le responsable, qui avance de son côté les conditions météorologiques comme explication à la fermeture de son parc.
« Suite au fort épisode orageux d’hier, nous devons fermer le parc demain, jeudi 21 août, afin de réaliser une inspection complète de nos installations », est-il indiqué dans un message publié la veille sur les réseaux sociaux du parc de loisirs.
Les enfants ont donc changé leur plan. Le lendemain, à leur arrivée, ils ont été escortés, à bord de trois bus, par les gendarmes afin de se rendre sur un autre site, à savoir le lac de Matemale, à une cinquantaine de kilomètres du parc de loisirs initial.
« Le groupe de 150 vacanciers israéliens a modifié son planning, ce qui a sans doute permis d’éviter que la situation ne s’envenime, et s’est rendu à bord de trois bus, sur un autre site en France, dont la sécurité a été assurée par la gendarmerie, sans le moindre incident », explique le parquet de Perpignan.
• Le gérant, qui nie les faits, placé en garde à vue
Le gérant du parc, âgé de 52 ans, a été placé en garde à vue ce jeudi. Il est inconnu de la justice et « ne fait pas l’objet de mauvais renseignements », toujours selon le parquet.
Une enquête a été ouverte par le parquet de Perpignan pour « discrimination fondée sur la religion, la race, les origines ou la nationalité, dans le cadre de l’offre ou de la fourniture d’un bien ou d’un service « . Un délit puni d’une peine maximale de trois ans d’emprisonnement, poursuit le parquet.
Le parquet a co-saisi la Brigade de recherches (BR) de gendarmerie de Prades, ainsi que l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH). « Trois enquêteurs spécialisés de cette unité de la gendarmerie (…) sont venus en appui et assistent les militaires locaux », annonce le parquet.
Selon une information de BFMTV, sa garde à vue initiale de 24 heures a été prolongée de 24 heures supplémentaires.
L’Observatoire Juif de France a annoncé se constituer partie civile dans cette affaire, « afin que toute la lumière soit faite et que justice soit rendue ».
Antisémitisme : un mot trop grave pour être galvaudé
L’antisémitisme est une réalité dramatique, et il doit être combattu sans concession. Mais c’est précisément parce qu’il est grave qu’il ne peut pas être utilisé comme un réflexe automatique, dès qu’une décision concerne des ressortissants israéliens. Agiter sans preuve ce qualificatif revient à en affaiblir la portée et à brouiller le vrai combat contre la haine des Juifs.
Quand l’argument devient un outil politique
Qualifier d’« antisémite » ce refus d’accès pose une contradiction de fond : la société israélienne compte environ 20 % de citoyens arabes, musulmans ou chrétiens. Il est donc tout à fait possible que des enfants non-juifs aient eux aussi été concernés par ce refus. L’argument antisémite ne tient donc pas juridiquement, ni même logiquement.
En réalité, ce type d’accusation fonctionne comme un chantage politique. Il permet de disqualifier toute critique, de détourner le débat et d’imposer le silence. Ce mécanisme ne profite qu’aux soutiens inconditionnels de la politique israélienne, pas à la lutte contre le racisme.
Le paradoxe moral : Gaza en famine
Ce réflexe accusatoire est d’autant plus choquant qu’il intervient dans un contexte où les Nations Unies viennent de déclarer l’état de famine à Gaza. Alors que des centaines de milliers de civils palestiniens, dont de nombreux enfants, sont confrontés à une crise humanitaire d’une ampleur dramatique, certains choisissent de crier à l’antisémitisme pour un incident encore à éclaircir.
Cette disproportion brouille les lignes, entretient la confusion et dessert gravement les victimes de la haine antisémite, qui méritent au contraire que leur cause soit défendue avec sérieux, discernement et sans récupération politique.