Jordan Bardella, RN : « Si une solution à deux États est l’horizon à atteindre, la reconnaissance d’un État palestinien par Emmanuel Macron dans quelques jours accordera au Hamas, mouvement terroriste islamiste, une légitimité institutionnelle et internationale inespérée. Il s’agit d’une décision précipitée, davantage motivée par des considérations politiques personnelles que par une sincère recherche de justice et de paix ».
Éric Ciotti, Union des droites pour la République : « La reconnaissance de la Palestine annoncée par Emmanuel Macron est une décision précipitée, prise pour de pures raisons électoralistes et indécente après les massacres du 7 octobre. Après trois défaites électorales, le chef de l’État n’a plus aucune légitimité pour engager la France sur un sujet aussi sensible. C’est au Parlement de se prononcer ».
Le Conseil représentatif des institutions juives de France a dénoncé jeudi sur X une « faute morale » après la décision d’Emmanuel Macron de reconnaître l’État de Palestine en septembre lors de l’Assemblée générale des Nations Unies. L’annonce faite par le président de la République d’une reconnaissance d’un État palestinien « sans conditions préalables est une faute morale, une erreur diplomatique et un danger politique », écrit le Crif. Cette décision sera « brandie par le Hamas comme une victoire symbolique » et une « récompense du terrorisme du 7-Octobre », déplore l’organisation. « En accordant aux Palestiniens en début de processus ce qu’ils doivent obtenir à la fin, cette reconnaissance prématurée incitera la partie palestinienne à ne plus faire aucun compromis, favorisant l’échec de futures négociations », juge le Crif.
La décision française « récompense la terreur », a fustigé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en référence à l’attaque sans précédent du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre 2023. « Soyons clairs: les Palestiniens ne cherchent pas à obtenir un Etat aux côtés d’Israël, ils cherchent un Etat à la place d’Israël », a-t-il martelé.
Proche allié d’Israël, les Etats-Unis ont « fermement » rejeté le projet français, évoquant une décision « imprudente » qui fait reculer la paix. « C’est un camouflet pour les victimes du 7 octobre », a déclaré le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio.
Washington évoque une décision « imprudente qui fait reculer la paix ». « C’est une insulte pour les victimes du 7-Octobre », a déclaré le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio sur X.
Reconnaître l’État de Palestine : un acte politique fort, mais insuffisant pour mettre fin à la colonisation
Depuis des décennies, la question palestinienne demeure un point de tension majeur dans les relations internationales. Face à l’impasse des négociations et à la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie, plusieurs États ont choisi de reconnaître l’État de Palestine. En mai 2024, par exemple, des pays européens comme l’Espagne, la Norvège et l’Irlande ont franchi ce pas symbolique. Mais cette reconnaissance, si importante soit-elle, peut-elle à elle seule mettre fin à la colonisation ? Rien n’est moins sûr.
1. La reconnaissance : un levier diplomatique et symbolique
Reconnaître l’État de Palestine revient à affirmer, sur le plan diplomatique, le droit des Palestiniens à disposer de leur propre État dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. Cet acte vise à rétablir un équilibre dans un conflit marqué par l’asymétrie des rapports de force. Il envoie un message clair : la communauté internationale ne peut rester indifférente à l’annexion progressive des terres palestiniennes.
Cette reconnaissance permet également à la Palestine d’accéder à des institutions internationales, notamment la Cour pénale internationale (CPI), et d’y engager des actions en justice, notamment contre la politique de colonisation israélienne. Elle favorise enfin la constitution d’un consensus politique mondial en faveur d’une solution à deux États.
2. Une portée limitée face à la réalité du terrain
Pour autant, la reconnaissance, aussi solennelle soit-elle, ne modifie pas la réalité géopolitique et militaire sur le terrain. Israël continue d’exercer un contrôle direct ou indirect sur une grande partie de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est. Les implantations de colonies israéliennes s’étendent toujours, en contradiction avec le droit international (résolution 242 du Conseil de sécurité, IVe Convention de Genève).
Les Palestiniens, eux, ne disposent pas de pleine souveraineté. Le territoire est morcelé, les déplacements sont restreints, l’économie est dépendante, et Gaza reste soumis à un blocus. Ainsi, sans une dynamique politique plus large – sanctions économiques, suspension d’accords de coopération, pression diplomatique coordonnée – la reconnaissance de l’État de Palestine reste largement symbolique.
3. La colonisation : un processus politique soutenu par des faits accomplis
Depuis les accords d’Oslo (1993), la colonisation israélienne n’a cessé de s’amplifier. Aujourd’hui, plus de 700 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Ces colonies sont souvent accompagnées d’infrastructures séparatistes (routes, checkpoints) et de la présence militaire israélienne, rendant de plus en plus irréaliste une continuité territoriale palestinienne.
Israël justifie ces implantations par des motifs historiques, sécuritaires ou religieux. Or, tant que ce processus se poursuit sans sanctions ni contrepoids réels, la reconnaissance d’un État palestinien – sans souveraineté effective – ne peut que coexister avec la colonisation, sans nécessairement l’arrêter.
4. Vers une reconnaissance utile : conditions et perspectives
Pour que la reconnaissance ait un effet réel, elle doit s’accompagner de mesures concrètes :
- Conditionner les relations bilatérales avec Israël au respect du droit international ;
- Soutenir les mécanismes de justice internationale, notamment les enquêtes sur les colonies menées par la CPI ;
- Soutenir politiquement et financièrement les institutions palestiniennes pour consolider les bases d’un État viable ;
- Favoriser une mobilisation de la société civile et une pression multilatérale pour geler les colonies.
Ce n’est qu’en intégrant la reconnaissance dans une stratégie globale, alliant diplomatie, droit et engagement citoyen, que celle-ci peut devenir un levier réel contre la colonisation.
Reconnaître l’État de Palestine est un acte de justice politique et de respect du droit international. C’est un signal fort, mais insuffisant. La fin de la colonisation passe par une volonté politique internationale déterminée, une réaffirmation du droit, et un engagement collectif pour une paix juste et durable. Sans cela, la reconnaissance restera un symbole, impuissant face à la logique des faits accomplis.