Ce mardi 18 novembre lors d’une audition à l’Assemblée, Laurent Nuñez a dessiné les contours de la « phase 3 » de la lutte du gouvernement contre « l’entrisme islamiste ». Délit de cohésion nationale, gel des avoirs, refus de permis de construire … : ses déclarations laissent entrevoir une offensive raciste d’ampleur à venir.
Ce mardi 18 novembre, Laurent Nuñez a été auditionné par la commission d’enquête « sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des réseaux propageant l’idéologie islamiste », quelques mois après la seconde convocation du Conseil de défense consacré aux thèses fumeuses du rapport du 21 mai sur « l’entrisme des Frères musulmans ».
Dans ce torchon complotiste reprenant toutes les thèses de l’extrême droite, le gouvernement jouait du flou entourant les conclusions pour, de fait, faire de tout musulman un frériste en puissance en présentant des pratiques parfaitement ordinaires comme des signes de radicalisation. La notion relativement indéterminée d’entrisme sert ainsi à préparer des attaques islamophobes graves en s’appuyant sur le fantasme d’organisations dangereuses et tentaculaires qui s’étendraient aux organisations, associations ou lieux de culte musulmans.
C’est ce qu’exprime clairement Laurent Nuñez lorsqu’il décrit l’entrisme comme « quelque chose de plus pernicieux, de sournois » que le séparatisme, flirtant avec des rhétoriques conspirationnistes qui ne sont pas sans rappeler l’imaginaire lié à l’antisémitisme. Il affirme également que « l’entrisme vise à endosser les habits de la République, respecter les codes, les valeurs, mais au bout du bout, à imposer une loi religieuse ». Une théorie fumeuse visant à justifier une offensive étatique brutale contre n’importe quelle structure musulmane, associative, éducative ou cultuelle.
Devant la commission d’enquête, Nuñez évoque plusieurs volets sur lesquels légiférer : « donner davantage d’agilité aux services de renseignement, disposer de possibilités d’incrimination pénale et avoir la possibilité de dissoudre des structures », allant jusqu’à réclamer de nouvelles bases légales pour permettre le « gel des avoirs pour des agissement liés à ces motifs de dissolution » et d’ouvrir la porte à des mesures comme le blocage des permis de construire de lieux de culte via un avis conforme du préfet ». Il s’agit notamment d’étendre tout l’arsenal antiterroriste aux pratiques assimilées à « l’entrisme », accroissant une nouvelle fois le pouvoir répressif de l’État sur les personnes musulmanes.
En ce sens, et plus grave encore, le ministre de l’intérieur évoque la possibilité de créer un délit « d’atteinte à la cohésion nationale », une catégorie encore plus floue que celle de « menace à l’ordre public », sous prétexte que cette qualification ne s’applique pas à l’entrisme. En réalité, il s’agit véritablement d’une proposition profondément islamophobe qui attisera les suspicions sur chaque personne de confession musulmane ou perçue comme telle.
Ce genre d’attaques n’est pas une première pour le parti présidentiel. En mai dernier, Gabriel Attal avait déjà évoqué la possibilité d’interdire le port du voile pour les moins de 15 ans et préconisait la création d’un « délit de communautarisme » dans le cadre d’une nouvelle loi séparatisme.
De fait, il faut noter que l’État n’avait pas attendu cette commission pour lancer des campagnes islamophobes. Cela s’est notamment traduit dans la répression des voix propalestiniennes, les associant par défaut à des soutiens du Hamas et de l’islam politique : la menace de dissolution des organisations comme Urgence Palestine ou les offensives contre des personnalités comme Omar Alsoumi, dont les avoirs ont été gelés pendant six mois avant son arrestation et sa garde-à-vue pour son soutien à la Palestine, en témoignent. Ces politiques racistes du gouvernement ont des conséquences concrètes puisqu’elles attisent les violences contre les musulmans, comme le montre un rapport du ministère de l’Intérieur qui indique que les actes antimusulmans sont en hausse de 75 % par rapport aux cinq premiers mois de 2024.
Il faut refuser en bloc cette opération de propagande raciste et lui opposer une riposte par en bas. Une riposte dans laquelle les organisations du mouvement ouvrier devraient jouer un rôle central et qui doit réclamer l’abrogation de toutes les lois racistes – de la loi de 2004, mère de toutes les offensives islamophobes à l’école, à la loi séparatisme – en articulant le combat contre l’offensive autoritaire et raciste à la lutte contre les plans austéritaires et anti-ouvriers du gouvernement.
