Racisme d’État Islamophobie d’État : la mosquée des Bleuets menacée de fermeture une nouvelle fois à Marseille

 

A Marseille, la mosquée des Bleuets est menacée de fermeture par la préfecture des Bouches-du-Rhône. La fermeture administrative qui pèse contre cette mosquée s’inscrit dans un contexte d’Islamophobie d’Etat et de répression des soutiens de la Palestine. Mercredi soir, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées pour dénoncer cette attaque.

Islamophobie d'État : la mosquée des Bleuets menacée de fermeture une nouvelle fois à Marseille

Dans un courrier datant du 15 septembre, la préfecture des Bouches-du-Rhône a annoncé vouloir la fermeture administrative temporaire de la mosquée des Bleuets. Il s’agit de la deuxième tentative de fermeture de cette mosquée, la première ayant eu lieu en 2024. Un véritable acharnement qui s’inscrit autant dans le cadre d’une offensive islamophobe brutale que dans la répression des soutiens de la Palestine, dont fait partie l’imam de la mosquée, Smaïn Bendjilali.

Un rassemblement de soutien organisé devant la mosquée

Ce mercredi 27 septembre, un rassemblement de soutien s’est tenu devant la mosquée et s’est suivi d’une conférence de presse. Nadia, travailleuse dans le social et habitante du quartier depuis 27 ans, rappelle qu’en visant la mosquée, la préfecture s’attaque à un lieu de sociabilité très important : « C’est le cœur du village, c’est le cœur du quartier ici : il y a des distributions alimentaires ». Elle insiste sur la nature islamophobe de cette tentative de fermeture de la mosquée dans un contexte de mobilisation nationale du 10 et du 18 septembre : « Viser l’islam dans cette période-là, c’est du pain béni, c’est diviser les personnes entre elles et faire monter la haine raciale ».

Face à cette nouvelle tentative de fermeture de la mosquée, Smaïn Bendjilali a de son côté réagi dans un communiqué où il explique : « On transforme des références religieuses universelles en ‘preuves de radicalisation’. On instrumentalise un simple retweet pour fermer une mosquée. On criminalise la critique d’Israël et la solidarité avec la Palestine ». Il dénonce également la « volonté d’étouffer toute voix musulmane indépendante ». L’acharnement dénoncé par l’Imam, n’est pas sans rappeler la dissolution du CCIF en 2020, la loi séparatisme en 2021 ou encore les récentes mise en garde-à-vue de membres du CCIE le 3 septembre dernier.

Lors de la conférence de presse qui a suivi le rassemblement, Me Rafik Chekkat, avocat de Smaïn Bendjilali, rappelle dans le même sens que si l’Etat tente de fermer la mosquée, c’est d’abord parce qu’il reproche à l’imam son soutien à la Palestine et sa dénonciation de l’islamophobie d’État : « La mosquée et Ismaïl ne sont pas des cas isolés en France, le gouvernement veut un islam aux ordres. S’il avait appelé à voter Emmanuel Macron ou faisait l’éloge du gouvernement, il n’y aurait eu aucune procédure de fermeture », insiste-t-il en évoquant le caractère politique de cette tentative de fermeture.

Rapport, procès : la mosquée des Bleuets et l’imam Ismaïl, victimes d’un véritable harcèlement d’Etat

La menace de fermeture de la mosquée des Bleuets est un nouvel exemple de l’offensive islamophobe brutale en cours. Ainsi, la décision de la préfecture fait suite au rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France » du ministère de l’intérieur, sorti en mai 2025. Dans ce rapport, la mosquée des Bleuets et l’Imam Ismaïl sont visés, en reprenant les poncifs et la rhétorique complotiste de l’État qui vise à criminaliser les religieux musulmans.

Ce rapport a été fortement contesté sur plusieurs aspects, notamment sur la méthodologie douteuse du rapport, dénoncée par Nicolas Cadène, ancien responsable de l’observatoire de la Laïcité. Et pour cause, il s’agit d’un véritable torchon raciste et complotiste téléguidé par Retailleau. Quant au préfet des Bouches-du-Rhône, George François Leclerc, à l’origine de cette deuxième menace de fermeture, il était préfet du Nord et avait déjà retiré le contrat d’association avec l’Etat du lycée Averroès, un lycée musulman de Lille, en 2023.

En plus de l’islamophobie d’État, la répression des soutiens à la Palestine constitue le second pilier invoqué pour justifier la menace de fermeture de la mosquée. En mai 2025, Smaïn Bendjilali a été scandaleusement condamné pour « apologie du terrorisme » à une peine lourde : six mois de prison avec sursis, 2 000 euros d’amende, cinq ans d’interdiction des droits civiques et une inscription au Fichier des auteurs d’infractions terroristes (Fijait). Son « délit » ? Un simple retweet d’une interview sur la Palestine. Ni la personne interviewée, ni le journaliste n’ont été inquiétés. Seul Smaïn Bendjilali a été condamné, le tribunal justifiant sa décision par sa qualité d’imam, une condamnation contre laquelle il a décidé de faire appel.

Cette condamnation, qui vise son soutien de la Palestine, sert aujourd’hui de prétexte à la préfecture pour tenter de fermer administrativement la mosquée. L’infraction d’« apologie du terrorisme », aux contours extrêmement flous, est une fois de plus utilisée pour réprimer et réduire au silence celles et ceux qui expriment leur solidarité avec la Palestine, peuple victime d’un génocide perpétré par Israël depuis bientôt deux ans.

Face à l’islamophobie d’Etat et à la répression des soutiens de la Palestine : faire front !

La nouvelle tentative de fermeture de la mosquée des Bleuets s’ajoute à différentes attaques islamophobes ces dernières semaines. Au mois de septembre, le ministère de l’Intérieur a ordonné la dissolution de l’Institut européen des sciences humaines de Bordeaux (une école d’imams) et des membres du CCIE ont été placés en garde à vue. Une islamophobie d’État qui alimente la multiplication des violences islamophobes, avec en 2025 le meurtre d’Aboubakar Cissé et la recrudescence des attaques et dégradations visant des mosquées dans toute la France, comme les têtes de cochon qui ont été déposées devant des mosquées de région parisienne.

Quant à la répression des soutiens à la Palestine, elle est d’autant plus brutale quand elle vise des personnes musulmanes et des imams. En ce sens, la reconnaissance hypocrite de l’État de Palestine par la France ne saurait faire oublier la répression qui se poursuit contre la solidarité ave Gaza.

Il est impératif de faire front contre ces attaques, en dénonçant la répression subie par Smaïn Bendjilali et la mosquée des Bleuets. Alors que le gouvernement veut faire payer la crise à la jeunesse et aux travailleurs, les personnes musulmanes sont désignées comme ennemis de l’intérieur. Dans ce contexte de lutte sociale, il est donc nécessaire que la mobilisation s’élargisse à des revendications antiracistes et contre l’islamophobie.