Pour qui aurait pu encore en douter, un danger imminent guette la France : non pas la crise, les licenciements, ni les guerres, mais lâislam. Et derrière, bien entendu, arrive le voile. Ãnième faux-débat, nauséabond et criminel. Une occasion, néanmoins, de débattre, à nouveau, de ce que les communistes révolutionnaires devraient faire face à cette nouvelle opération islamophobe.
« Frères musulmans et islamisme politique en France » : Macron et Rétailleau ont désigné lâennemi public numéro 1, à grands renfort de « Conseils de défense et de sécurité nationale ». Dans une France où, pour le dire avec Sartre, « lâAlgérie est une névrose », lâislam et les musulmans sont une obsession. Et les musulmanes le sont dâautant plus quâelles sont, semblent ou apparaissent voilées. Cette névrose anime autant la droite que la gauche et représente un véritable révélateur colonial dâun passé qui ne passe pas, dâun racisme islamophobe qui est indissolublement lié au discours et aux pratiques politiques de tous les exécutifs et gouvernements de la Cinquième république. Lâislam, ses manifestations mais surtout le voile font donc leur énième retour dans le débat. Un « débat » qui invite, à nouveau, à sâinterroger sur la façon dont la gauche révolutionnaire devrait se positionner face aux questions de religion, voile et laïcité dans le contexte qui est le nôtre, marqué notamment par lâagression américano-sioniste contre lâIran en juin et le génocide à Gaza qui se poursuit.
Avec Dreyfus comme avec lâIslam
Que dit dâintéressant ce fameux rapport que lâon ne saurait déjà  ? Pas grand-chose, si ce quâ« un sentiment de malaise français, pour dire le moins, prévaut chez les musulmans ». Par conséquent, le rapport recommande à lâEtat de « lutter contre le sentiment de rejet qui irrigue les familles de confession musulmane [par] des signaux forts [1] ». Que « raconte », en revanche, ce rapport à longueur de pages ? Quâune tendance minoritaire, très marginale et en perte de vitesse au sein de la communauté musulmane, la mouvance rattachée aux « Frères musulmans », représenterait un « danger » pour le pays. Relayé par un gouvernement cul-et-chemise avec le dictateur-roi du Maroc, Mohamed VI, « commandeur des croyants » et oppresseur du peuple Sahraoui, mais aussi avec les émirs qataris qui ont permis au PSG de faire quelques étincelles grâce à quelques milliards mais qui, surtout, financent le terrorisme islamiste de par le monde, ou encore avec le très réactionnaire président-barbu de la « nouvelle Syrie », Ahmad Al-Charaa, cela pourrait faire sourire. Que fait-on dire à ce rapport ? Quâen dernière instance, à force de « dissimulation » â « taquiyya », en arabe dans le texte et citée à lâenvi, car nos politiciens sont devenus experts en théologie islamiste â ce ne sont pas tant les « frères » qui représenteraient un problème que les musulmans en général. Et si on ne le dit ouvertement, du moins le suggère-t-on très fortement du côté du gouvernement.
Lâextrême droite et la droite française disent à qui veut bien lâentendre ne plus être antisémites. Elles se sont dâailleurs fait le porte-étendard du génocide en Palestine, comme si leur soutien actuel au sionisme pouvait masquer leurs racines, de Boulanger à Pétain, de Barrès à Maurras en passant par Poujade et Le Pen. En revanche, leur islamophobie 2.0, compatible autant avec les réseaux sociaux quâavec CNews, partage avec la vieille rhétorique anti-juive bien des points communs. Alfred Dreyfus pourrait reconnaître, au mot près, le déchaînement antisémite dont a été le théâtre la France dâil y a 130 ans. Sâils ne sont pas « séparatistes » â ils ne mangent pas comme nous, ne prient pas dans notre langue, leurs lois sont supérieures à celles de la République, leurs femmes ne sâhabillent pas comme les autres « Françaises » â les musulmans (ou les juifs) sont « entristes ». Dissimulateurs, ils avancent masqués. Ils sont « partout » et si lâon nây prend garde, on sera bientôt « submergés ». En tout cas, on nâest plus « chez nous ».
Dreyfus, pas davantage quâun imam, nâétait socialiste. Officier de lâarmée, polytechnicien, plutôt conservateur, il nâavait rien à voir avec la gauche révolutionnaire. A lâépoque, certains, par Åillères, nâont pas participé à sa défense â « nous nâavons pas à nous mêler dâune affaire qui fait sâopposer deux secteurs de la bourgeoisie », diraient-ils sans doute aujourdâhui â voire ont rejoint le camp de nos ennemis, par un antisémitisme plus ou moins avoué et maquillé de soi-disant anticapitalisme â ce fameux « socialisme des imbéciles » dénoncé par le socialiste allemand August Bebel. Et pourtant, ce quâil y avait de meilleur dans le mouvement ouvrier et chez les révolutionnaires du XIXe a défendu Dreyfus et a combattu sans concession une République et son système médiatique qui avaient condamné ce capitaine, accusé à tort « dâintelligence avec lâennemi », parce que juif. La raison de cette défense, câest que derrière Dreyfus et cet antisémitisme permanent, câétait tous les rouages dâun système dâoppression et dâexploitation maniant le chauvinisme et les discriminations quâil fallait dénoncer et combattre.
La pratique du judaïsme, réelle ou supposée, pas davantage que celle de lâislam, ne fait partie du programme communiste révolutionnaire, qui défend une conception matérialiste et athée du monde. Et pourtant, notamment là où cette religion serait marginalisée ou reléguée par le système en place, ses pratiques stigmatisées par un pouvoir qui nâa de leçons dâémancipation et de liberté à donner à personne, alors les communistes révolutionnaires se doivent dâêtre à ses côtés et de défendre les droits de celles et ceux qui souhaitent la pratiquer ou sâen réclamer. Ce qui valait pour un capitaine de lâarmée française vaut aujourdâhui, également, pour les musulmans et les musulmanes.
Pour des raisons dâespace et parce que le « débat » â avec son tombereau dâimmondices, de vulgarités, de faux-semblants, de raccourcis et de mensonges islamophobes â a littéralement inondé les médias au cours des dernières semaines au point que personne nâa pu, malheureusement, y échapper, nous ne reviendrons pas ici sur les réactions de lâensemble du champ politique sur ledit « rapport ». On soulignera simplement quâà la différence des instrumentalisations passées autour de la « question de la place de lâislam en France » au cours desquelles la gauche â les dirigeants du PS, Fabien Roussel, les écologistes et bien dâautres â ont peu ou prou défendu la même ligne et les mêmes propositions de loi que le gouvernement, la ficelle, cette fois, était un peu trop grosse. Du côté de lâextrême gauche, en revanche, une discussion avec les camarades de Lutte ouvrière nous a semblé nécessaire.
La religion nuit gravement à la santé. Mais le voile plus particulièrement ?
Par la voix de ses représentants et dans ses éditos, LO a pris position contre le « rapport » et son instrumentalisation, dans la continuité dâun changement de ton des camarades sur la question de lâislamophobie dâÃtat [2]. Ses porte-paroles ont ainsi clairement dénoncé la proposition faite par Attal â et relayée par dâautres â dâinterdire le port du voile dans lâespace public pour les mineures de moins de quinze ans. Par ailleurs, ses porte-paroles Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier ont pointé sur les plateaux télé lâenchaînement abject qui fait que la parole « libérée » des gouvernants et des politiciens se traduit très concrètement par une hausse des actes à lâencontre des musulmans ou considérés comme tels avec, au final, les deux crimes islamophobes et racistes contre Aboubakar Cissé et Hichem Miraoui [3].
En revanche, dans une série dâarticles et de tweets [4], la droite et lâextrême droite nâont pu que se réjouir, dans le climat actuel, de la « leçon en laïcité » de LO. On songera à la déclaration sur le plateau du Media de Nathalie Arthaud selon laquelle « le voile, câest dâabord le symbole dâune oppression », de celle de Jean-Pierre Mercier affirmant sur LCI être « du côté des femmes qui se battent contre le port du voile, que ce soit en France comme à lâétranger »â au risque, assumé, de confondre le combat contre le port du voile là où il sâagit dâune contrainte imposée par un régime dictatorial et religieux, comme en Iran ou en Afghanistan, et son instrumentalisation, dans un pays impérialiste au lourd passif colonial, comme la France â, complétée, le lendemain, par celle de Nathalie Arthaud sur Sud Radio, dénonçant la « proposition de loi » Attal dâinterdire le port du voile aux moins de 15 ans tout en proclamant son attachement à la Loi sur lâinterdiction des signes religieux ostentatoires dans les établissements scolaires de 2004 [5].
On ne saurait être dupe de lâopération des médias de droite consistant à extraire et à instrumentaliser quelques bribes de phrases du discours plus général de LO pour, en dernière instance, justifier « sur la gauche », une campagne qui est, elle, clairement raciste et islamophobe. Et, par effet de miroir inversé, alimenter au passage la machine politico-médiatique de stigmatisation de La France insoumise (LFI), taxée de « trahison à lâhéritage laïque » et de complaisance à lâendroit de lâislam et du communautarisme. A la différence dâautres courants dâextrême gauche, nous ne sommes pas de ceux qui, dans le sillage du Prophète et le prolétariat de Chris Harman, viendraient à trouver une quelconque vertu ou spécificité intrinsèquement « révolutionnaire » à lâislam politique, quelles que soient les formes quâil adopterait. En revanche, en tant quâorganisation dâextrême gauche militant dans un pays impérialiste, la France, et appelée à se prononcer sur la question du voile, en France et non dans un pays où lâislam est religion dâÃtat, il nous semble que la position de LO nâest pas conséquente et ne va pas jusquâau bout dâune dénonciation globale de lâislamophobie dâÃtat et des leviers qui la sous-tendent.
La première objection que lâon pourrait faire a trait au point de départ bancal qui est posé par les porte-parole de LO dans leurs interventions. « Toutes les religions se valent », nous disent-ils en substance. Nous pourrions dire, en effet, que toutes les religions, du christianisme catholique ou protestant au judaïsme en passant par lâislam â pour ne prendre que les cultes les plus présents, en France â ont pour point commun une relégation plus ou moins assumée de la femme à un rang subalterne qui inscrit dans les Textes une inégalité des rapports sociaux de genre. Câest les prémices dont partent, à raison, Arthaud et Mercier. Mais immédiatement après, sans tenir compte de la manière dont le « débat sur les religions » devient, en France, un « débat sur la place de lâislam », et comment cela se réduit, immédiatement, à un « débat sur le voile », sans tenir compte du fait que le voile est, en France, le seul signe visible de possible appartenance à une communauté religieuse qui pose réellement problème à la « République », les camarades de LO concluent uniquement sur la question du voile. Un voile dont il faudrait aider à se défaire toutes celles qui le porteraient contre leur gré [6].
Sans réduire lâislam aux quartiers populaires ni lâislam au voile, il ne sâagit même pas de sâinterroger â ce qui serait, en soi, une autre discussion â sur les multiples signifiés que représente, dans lâespace public ou à lâécole, en France, un voile islamique : imposé contre leur gré à certaines, très probablement , porté de façon non contrainte et en toute conscience par dâautres, ou encore comme une expression culturelle ou religieuse dâappartenance revendiquée à une communauté stigmatisée et reléguée, qui ne connaît la République et ses fausses promesses dâégalité, de liberté et de fraternité que sous son aspect le plus policier, répressif, raciste et discriminatoire dans lâaccession à lâemploi, au logement et dans tous les aspects de la vie quotidienne. Le voile islamique peut avoir plusieurs ressorts et significations à moins de considérer toutes celles qui le portent, tout le temps ou occasionnellement, uniquement comme des victimes et non comme des sujets agissants.
Ce qui est sûr, en revanche, câest que le raccourci imposé par en haut consistant à assimiler lâislam a une religion particulièrement réactionnaire â et par conséquent fondamentalement menaçante â et dont le véhicule consiste à couvrir le corps des femmes â par un hidjab, une abaya, un burkini ou autre â sert un propos spécifique. Il sâagit de continuer à alimenter une puissante machine idéologique, malheureusement assez efficace, servant depuis les origines de lâentreprise coloniale française en Afrique du Nord et perpétuée par le présent néocolonial de la politique impérialiste hexagonale : diviser le monde du travail et les classes populaires, opérer une distinction entre ceux qui seraient irrémédiablement perdus à la cause de lâémancipation et ceux qui, à lâinverse, seraient du bon côté, des Lumières et du progrès, entre « eux » et « nous ». Au sein dâune fraction de la « gauche » ce discours réactionnaire, adapté au cadre colonial et impérialiste existe également depuis les origines du mouvement ouvrier. Et peu importe, pour ses directions réformistes, si le mouvement ouvrier français sâest retrouvé ou se retrouve aujourdâhui, dans les faits ou le discours, du côté de sa « propre » bourgeoisie. Pour la bourgeoisie, on lâaura compris, câest pain béni.
En ce sens, ce nâest pas seulement lâopération politicienne, qualifiée aujourdâhui dâislamophobe par LO, qui est à dénoncer comme ont pu le faire à juste titre les camarades dans les colonnes de leur presse, dans leurs éditos dâentreprise et par la voix de leurs porte-parole. Pour être conséquente, la gauche révolutionnaire devrait également porter le combat contre lâensemble des outils, idéologiques et légaux, sur laquelle cette opération est adossée. Sous couvert de défense de la laïcité et de la liberté religieuse, câest lâensemble de cet arsenal â et pas uniquement le rapport sur les frères musulmans, le discours de Retailleau et la proposition Attal â qui est profondément islamophobe dans sa stigmatisation des musulmans et musulmanes, quâils se revendiquent de cette appartenance religieuse ou quâils y soient assignés. Cela vaut autant pour la loi sur le séparatisme de 2021 que pour la loi de 2016 sur la neutralité religieuse au travail, celle de 2010 sur lâinterdiction du voile intégral dans lâespace public ou celle de 2004 sur lâinterdiction du port de signes religieux ostensibles à lâécole.
A nouveau sur le voile à lâécole et la loi de 2004
Câest dâailleurs cette loi de 2004 sur lâinterdiction des signes religieux ostentatoires dans les collèges et lycées qui sert de matrice à lâensemble des instruments légaux votés depuis. Et cette loi de 2004 continue à être au cÅur de lâargumentaire de LO et, dernièrement encore, défendue par Nathalie Arthaud.
Au printemps 2003, le monde enseignant a mené un mouvement extrêmement dur contre la réforme Fillon des retraites. Les personnels de lâéducation ont perdu le bras-de-fer, mais le gouvernement Chirac-Raffarin y a laissé des plumes. Au cours des mois qui suivent, à travers une opération politicienne assez magistrale [7], Chirac réussit à recompacter autour de lui les enseignants qui lâavaient pourtant affronté lâannée précédente. Pour ce faire, il va confectionner, de toute pièce, une nouvelle « affaire du voile » qui débouche quelques mois plus tard sur la loi de 2004, appuyée par la quasi-totalité de la gauche ainsi que par LO.
En 2003 comme au cours des quinze années précédentes (1989, 1994 et 1999), des différends surgissent à la rentrée scolaire dans certains établissements entre le corps enseignant, la hiérarchie administrative et des cas très isolés de jeunes femmes refusant dâenlever le voile islamique dans lâenceinte des collèges et des lycées de banlieue. A partir de septembre 2003, dans un contexte international marqué par la guerre contre le terrorisme, lâinvasion de lâAfghanistan â à laquelle participe la France â puis de lâIraq par la coalition Bush-Blair, le débat prend une dimension toute particulière. Deux cas très spécifiques, au lycée Henri Wallon dâAubervilliers, dans le 93, servent à orchestrer et polariser le faux débat [8]. Dans la foulée de cette affaire particulièrement médiatisée, Chirac met en place la Commission Stasi sur la laïcité à lâécole et qui débouche sur une loi qui, de lâaveu même du Premier ministre de lâépoque, Jean-Pierre Raffarin, ne défend pas en réalité la « laïcité » mais entend, au nom de la laïcité, « protéger les femmes des pressions du fondamentalisme [9] ». Fondamentalisme islamiste, on lâaura compris [10].
A lâépoque, LO contribue en partie à exacerber cette « nouvelle affaire du voile » puisque ses militants en poste au lycée Henri Wallon sont les partisans les plus intransigeants de lâexpulsion des deux élèves au nom de la défense des droits des femmes et de la laïcité [11]. « Dans les banlieues, souligne LO à lâépoque, un islam intégriste se développe. Au nom de préjugés barbares et réactionnaires, des hommes â des pères, des grands frères et aussi des petits caïds ignorants et violents â exercent une pression grandissante sur les jeunes filles pour les réduire au seul rôle de reproductrices, les enfermer, les cacher sous le voile. Des jeunes filles sont mariées de force à des hommes, parfois bien plus vieux quâelles, quâelles ne connaissent pas et nâont pas choisis. à lâhôpital les maris qui les accompagnent refusent quâelles se fassent examiner par des médecins-hommes. Certaines municipalités ont cédé sur le fait de réserver les piscines aux femmes à certaines heures et certains jours. Dans des cités, elles ne peuvent regarder un garçon en face ni porter les vêtements de leurs choix ni se maquiller sans se faire traiter de « putes » » [12]. Indépendamment du style et du ton que certains éditorialistes, aujourdâhui, ne renieraient pas, cette situation relève-t-elle de lâislam ou plus tristement du patriarcat capitaliste qui nâest pas simplement arabo-musulman ? En toute logique, LO finit donc par soutenir â et, malheureusement, continue à soutenir â « un texte sur lequel sâappuyer pour sâopposer au port du voile à lâécole. Ce sera aussi et surtout un appui pour toutes les jeunes filles qui veulent résister aux pressions sexistes quâelles subissent et qui attendent une aide de la société [13] ». En attendant une aide de la société, LO a fini par valider la législation islamophobe mise en place par Chirac et soutenue par la quasi-totalité de lâarc parlementaire [14]. Cette loi de 2004 nâest que lâorigine matricielle de celles qui ont suivi. Attal, en voulant interdire le port du voile aux mineures de 15 ans, nâaurait fait quâélargir à lâespace public ce qui est interdit dans les enceintes scolaires de la République. Pourtant, en dépit dâun changement de ton sur lâislamophobie, LO continue de soutenir cette loi et refuse de faire le bilan de ce qui a été une politique en tout point catastrophique et qui a contribué à offrir une couverture dâextrême gauche à une opération ultraréactionnaire.
Ne pas se tromper dâennemis, ni dâalliés, combattre les lois islamophobes
Indépendamment de ce détour par la loi de 2004 qui continue à être au cÅur des logiques mises en avant par LO, lâenjeu est de choisir ses alliés, de ne pas se tromper dâennemis et ne pas servir de caution à nos adversaires. Faire la distinction entre le débat sur le voile, en France, et la question du voile dans un pays où, légalement ou dans les faits, il relève dâune obligation, ne signifie pas renoncer à défendre une vision marxiste et matérialiste du monde ni cacher son combat contre les institutions, hiérarchies et, en dernière instance, idées religieuses [15]. Ce combat, néanmoins, ne saurait se dissocier dâune opposition préalable, radicale et sans concession, à lâensemble des instruments et des relais islamophobes sur lesquels la bourgeoisie française peut compter à travers sa république pour stigmatiser, marginaliser et viser ceux dâentre nous qui sont assignés à une « autre » identité ethnique ou religieuse. Ce que la police, les RH des entreprises et les médias se chargent de rappeler, constamment.
Pas davantage quâon ne peut soutenir quâil existe un signe dâégalité entre Netanyahou et le Hamas â discussion qui a fait lâobjet de débats, dernièrement, entre nos organisations â au nom des intérêts abstraits du monde du travail qui seraient équivalents en Israël et en Palestine, on ne peut soutenir, en France, quâil soit symétriquement essentiel de lutter contre deux extrêmes droites, dont lâune serait « raciste [et lâautre] islamiste [pour] défendre une perspective ouvrière ». Câest pourtant encore ce que défendait LO y a quatre ans, dans un son article « Loi séparatisme, islamisme : des politiques qui divisent les travailleurs ». Câest, là encore, faire prévaloir le même principe dâabstraction sur lâanalyse concrète des intérêts sociaux et des dynamiques en jeu.
Sans trop risquer de se tromper on dira, à titre dâexemple, quâil est aussi peu probable quâun média du groupe Bolloré porte un jour dans son cÅur la cause LGBTQI [16] que ne le ferait un imam salafiste particulièrement rigoriste dans une salle de prière, en France. Mais cela permet-il pour autant dâaffirmer, toujours dans ce même texte que « les idéologies rivales des islamistes et de lâextrême droite, tout en apparaissant opposées, se situent toutes les deux sur le terrain de la défense des intérêts de la bourgeoisie [et quâelles] sâalimentent lâune lâautre et présentent en réalité bien des similitudes » ? Le propriétaire médiatique, Bolloré, et celui lâimam rigoriste, aussi réactionnaire soit-il, constituent deux secteurs totalement distincts, qui ne sauraient permettre de dresser des équivalences, indépendamment de leurs « prêches ». Ou, pour le dire autrement, indépendamment des publics auxquels ils sâadressent et vis-à -vis desquels les révolutionnaires opposeront un discours, une propagande communiste, ils incarnent des milieux radicalement distincts : tandis que Bolloré et ses amis représentent lâentre-soi de la grande bourgeoisie française, impérialiste, et ses mille ramifications dans le pré-carré nécolonial, lâautre, en revanche, évolue dans notre milieu, le monde du travail, les classes populaires, celui au sein desquels nous intervenons et au sein duquel nous défendons nos idées, sur la base dâun combat contre le système capitaliste et les oppressions quâil charrie ou perpétue.
Câest en ce sens, aussi, quâil est impossible de se tromper de combat : contre la religion, nous luttons pour que le monde du travail soit en mesure de prendre pleinement son destin en main. Si la gauche révolutionnaire sâoppose à un Ãtat qui veut faire la chasse aux jeunes femmes voilées et qui vomit au quotidien sa haine de lâislam, si elle manifeste aux côtés de celles et ceux qui, quelle que soit leur motivation, sont solidaires de la Palestine et dénoncent la complicité des impérialistes avec le génocide israélien, alors les différentes organisations qui se réclament de la révolution doivent se retrouver, unies, en première ligne dâune mobilisation permanente et concrète contre lâensemble des lois racistes et islamophobes. Car toutes sécrètent et alimentent ce venin qui nous divise et qui sert tant les intérêts de la bourgeoisie et de ses politiciens de tout bord. Câest un combat de lâensemble de nos organisations qui doit être mené en direction du monde du travail et de la jeunesse pour montrer comment, pour combattre les discriminations et le racisme antis-musulman, câest bien du côté du drapeau rouge que notre classe doit chercher les armes du combat.
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