Elle voulait se baigner en burkini à Carry-le-Rouet

Elle voulait se baigner en burkini à Carry-le-Rouet. Mais les policiers municipaux puis les gendarmes n’étaient pas d’accord avec elle. Un arrêté municipal interdit cette tenue de bain. Le 2 juillet dernier, la baignade s’est transformée en débat sur plage.

La jeune femme a 18 ans mais c’est son frère jumeau qui nous raconte cet épisode. Elle ne souhaite plus en parler pour le moment. Mercredi 2 juillet, un groupe de cinq Marseillais, adultes et adolescents, va se baigner à Carry-le-Rouet, une plage qu’ils aiment bien et où ils se rendent de temps en temps.

« On arrive, ma sœur va se baigner, deux policiers municipaux utilisent un sifflet et disent qu’elle ne peut pas nager. On lui demande pourquoi, ils répondent qu’elle n’a pas le droit de s’habiller comme ça, son vêtement n’est pas acceptable », raconte Islan, le frère de la baigneuse en burkini. « Ma mère lui fait signe de nager quand même parce qu’elle ne se sent pas bien ».

Policiers, gendarmes, arrêté municipal et menace de contravention

Après avoir appelé du renfort, les policiers municipaux se retrouvent au nombre de quatre.

Sur la plage, beaucoup de monde s’en mêle, certains voudraient apaiser la situation, d’autres considèrent que le burkini est interdit. Islan demande s’il peut lire l’arrêté municipal, en vain.

Et puis les gendarmes arrivent. Ils seraient cinq, dans le souvenir d’Islan, soit un total d’une dizaine de représentants des forces de l’ordre. Si le groupe ne quitte pas la plage, il recevra une contravention des gendarmes. Il décide de partir.

Une autre jeune femme se baignait en burkini au même moment, elle quitte aussi les lieux.

« Moi, sur le moment, j’avais les nerfs, maintenant ça ne me préoccupe pas. Ma sœur, elle, le vit mal. Elle n’ose plus sortir, communiquer avec les gens, elle évite d’aborder le sujet, elle ne veut plus se baigner. »

Le burkini et la poussée d’Archimède

À Carry-le-Rouet, des arrêtés municipaux régissent la tenue de baignade. Article 6 : il est interdit de se baigner totalement nu. Article 8, et c’est celui qui nous intéresse, en voici un extrait :

Afin d’éviter toute augmentation du risque de mise en danger de la personne et des sauveteurs, sont interdits tous vêtements de bain couvrant la totalité du corps, des bras, des jambes et de la tête ne permettant pas une flottabilité positive telle que la différence entre la poussée d’Archimède (Pa) et le Poids réel (Pr) permette Pr<Pa.

L’article a été voté le 19 juin 2024.

Femme se baignant en Méditerranée en Burkini • © ALINE MORCILLO / HANS LUCAS

Le burkini peut être appelé « tenue religieuse de baignade ». Car il faut bien prononcer le mot, le débat tourne plus autour de la religion que de l’hygiène ou des risques de noyade.

Le Conseil d’Etat se prononce

Dans plusieurs communes françaises, depuis une dizaine d’années des maires votent des arrêtés contre le port du burkini, qu’ils concernent des piscines ou des plages. Le Conseil d’Etat, a invalidé ces mesures. En juillet 2023, l’arrêté pris à Mandelieu-la-Napoule est suspendu. Le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative, considère que cet arrêté porte atteinte de manière « grave et illégale » à la liberté d’aller et venir, à la liberté de conscience et à la liberté personnelle.

À l’inverse, en juin 2022, le port du burkini est interdit dans les piscines de Grenoble. Le règlement de la ville l’autorisait mais le Conseil d’Etat en a décidé autrement. Le juge des référés a estimé que « la dérogation très ciblée apportée, pour satisfaire une revendication religieuse, aux règles de droit commun de port de tenues de bain près du corps édictées pour des motifs d’hygiène et de sécurité, est de nature à affecter le bon fonctionnement du service public ».

La Ligue des Droits de l’Homme veille sur ces arrêtés anti-burkini

La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) a saisi le Conseil d’Etat sur l’arrêté municipal pris à Mandelieu-la-Napoule. Marion Ogier, avocate et membre du comité national de la LDH, revient sur ces arrêtés anti-burkini pris chaque année, particulièrement sur le littoral méditerranéen. En septembre 2024, elle s’exprimait dans un podcast de la LDH, dont voici un extrait :

« Malgré la jurisprudence du Conseil d’Etat, qui est extrêmement claire, on assiste chaque année à plusieurs épisodes dans lesquels les maires interdisent le port (du burkini) pour des motifs qui sont totalement illégaux mais maintiennent leur interdiction en toute connaissance de cause (…)

Lorsque les maires interdisent des comportements en application de leur pouvoir de police administrative, ça ne doit être qu’en fonction de règles rationnelles, objectives. Les idées, les opinions ne peuvent pas l’emporter sur le droit ».

Foulard des plages, le burkini cristallise les controverses. Hygiène, sécurité en mer, valeurs de laïcité, respect des libertés individuelles, et plus encore, tant de symboles pèsent sur ce maillot de bain.

France3