Zohran Mamdani, candidat musulman démocrate à la mairie de New York

Et pendant qu’ils reçoivent leurs instructions avant d’aller sonner aux portes de ce quartier bigarré de Manhattan, Daniel Hickman s’approche d’eux, vêtu d’un t-shirt et armé d’une affiche aux couleurs du candidat à la mairie de New York qui pourrait entrer dans l’histoire mardi. Il vient tout juste de voter par anticipation dans un bureau de scrutin du voisinage, en cet avant-dernier jeudi de juin.

« J’ai 42 ans, je suis socialiste, et c’est la première fois que je n’ai pas à me résigner au vote stratégique », dit cet éducateur canin, arrivé il y a 20 ans à New York de son Arkansas natal. « Zohran a vraiment des chances de l’emporter. »

PHOTO RICHARD HÉTU, COLLABORATION SPÉCIALE

Daniel Hickman, New-Yorkais

En montrant du doigt le groupe de jeunes bénévoles, il ajoute : « Vous voyez ça, voilà comment on mobilise les gens. Vous leur donnez une raison de voter. »

En fait, si la primaire démocrate pour l’élection à la mairie de New York était réservée aux 45 ans et moins, Zohran Mamdani l’emporterait, selon les sondages.

Âgé de 33 ans, il pourrait alors avoir la chance de devenir, en novembre prochain, le plus jeune maire de New York, de même que le premier musulman à occuper ce poste et le premier socialiste à l’avoir brigué comme tel.

La question est de savoir si l’enthousiasme qu’il inspire chez les plus jeunes électeurs sera assez contagieux pour surprendre l’ancien gouverneur de l’État de New York Andrew Cuomo, qui le devance dans les sondages.

Idana Wilson, étudiante de 20 ans, le croit.

« Beaucoup de gens souhaitent un changement radical à la mairie », dit-elle avant d’aller à la rencontre des électeurs d’East Village. « Zohran est super bon parce qu’il prête attention aux personnes qui vivent ici depuis longtemps et qui ont vu la ville devenir inabordable. »

Des propositions et des clips

Élu pour la première fois à l’Assemblée de New York en 2020 dans une circonscription de Queens, Zohran Mamdani n’est pas le premier membre des Socialistes démocrates d’Amérique à briguer la mairie de New York sous la bannière démocrate. Il a été devancé à ce titre par David Dinkins, premier Noir élu maire de la ville en 1989.

Or, contrairement à David Dinkins, Zohran Mamdani n’a pas abandonné toutes ses idées de gauche afin d’accéder à la mairie. Ses principales propositions en témoignent :

  • gel des loyers pour plus de 2 millions de New-Yorkais ;
  • gratuité de tous les circuits d’autobus ;
  • instauration d’un service de garderie universel pour les enfants âgés de 6–semaines à 5 ans ;
  • ouverture d’épiceries gérées par la municipalité et offrant des produits subventionnés.

Et comment entend-il financer ses promesses ? En faisant passer à 11,5 % le taux d’imposition des entreprises et en augmentant de 2 % celui des New-Yorkais gagnant 1 million de dollars et plus par année.

Mais sa popularité ne tient pas seulement à son programme. Ex-rappeur et fils de la réalisatrice Mira Nair (Salaam Bombay !), Zohran Mamdani maîtrise à merveille l’art du clip, multipliant les interventions sur les réseaux sociaux où il interagit avec des chauffeurs de taxi, des cuisiniers de rue et d’autres New-Yorkais qui font marcher la ville.

PHOTO RICHARD HÉTU, COLLABORATION SPÉCIALE

Toby Tilley, étudiant et ancien New-Yorkais

Toby Tilley, étudiant de 21 ans, ne pourra pas participer à la primaire démocrate, étant domicilié à Hoboken, au New Jersey. Mais cet ancien New-Yorkais prête main-forte à la campagne de Zohran Mamdani, en raison notamment de sa présence en ligne.

« Je me suis d’abord senti impuissant en voyant l’avance que Cuomo avait dans les sondages », dit-il au Tompkins Square Park. « Mais Zohran a vraiment pris son envol au cours des dernières semaines, notamment grâce à ses réseaux sociaux et à sa présentation en ligne. C’est ce qui a attiré beaucoup de gens de ma génération, y compris moi. »

L’appui d’AOC, l’opposition de Bloomberg

Son programme et son dynamisme ont également valu à Zohran Mamdani de recevoir un appui convoité par la plupart de ses dix rivaux démocrates, celui d’Alexandria Ocasio-Cortez. Lors d’une assemblée tenue à Brooklyn le 14 juin dernier, la championne des progressistes américains a placé le combat du candidat socialiste dans un contexte national.

Si nous pouvons changer la page de la plus grande ville des États-Unis d’Amérique, nous pouvons aussi changer la page de notre pays.

 Alexandria Ocasio-Cortez, représentante démocrate de New York

Zohran Mamdani a également reçu le soutien de Bernie Sanders. Mais il effraie les élites new-yorkaises et les centristes démocrates, qui voient en lui une caricature d’une certaine gauche dont Donald Trump et les républicains se délectent. À lui seul, l’ancien maire de New York et entrepreneur milliardaire Michael Bloomberg a dépensé au moins 8 millions de dollars pour aider la cause d’Andrew Cuomo. Cet argent a contribué à financer une avalanche de pubs dénonçant le programme « dangereux » du candidat socialiste.

PHOTO NICOLE CRAINE, THE NEW YORK TIMES

Andrew Cuomo, ex-gouverneur de l’État de New York et candidat à la mairie de New York, mardi dernier

« Nous ne croyons pas que M. Mamdani mérite une place sur les bulletins de vote des New-Yorkais », a opiné de son côté la page éditoriale du New York Times, lui reprochant à la fois son manque d’expérience et son programme.

La dernière semaine de campagne n’aura pas été facile pour Zohran Mamdani. Ce dernier a notamment essuyé les critiques du musée américain de la Shoah après avoir établi un lien entre le soulèvement du ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale et les appels à « mondialiser l’intifada ».

Né à Kampala, en Ouganda, de parents indiens qui ont immigré aux États-Unis – son père est professeur à l’Université Columbia –, Zohran Mamdani a affirmé avoir fait l’objet de menaces de mort au cours des derniers jours.

Mais sa déclaration la plus mémorable de la campagne est peut-être survenue lors du dernier débat entre les candidats démocrates. Attaqué par Andrew Cuomo sur son manque d’expérience, il a répondu en rappelant les bavures de l’ex-gouverneur.

« Je n’ai jamais eu à démissionner en disgrâce, a-t-il dit. Je n’ai jamais réduit [le programme d’assurance maladie] Medicaid. Je n’ai jamais volé des centaines de millions de dollars à [l’agence de transport métropolitain]. Je n’ai jamais poursuivi les 13 femmes qui m’ont accusé de manière crédible de harcèlement sexuel. Je n’ai jamais intenté de procès pour obtenir leurs dossiers gynécologiques. Et je n’ai jamais fait ces choses parce que je ne suis pas vous, monsieur Cuomo. »

Au Tompkins Square Park, cet argument a du poids parmi les jeunes bénévoles de Zohran Mamdani.

« Je ne peux imaginer avoir pour maire un harceleur de femmes », dit Olivia, étudiante de 21 ans qui préfère taire son nom de famille.

Le suspense du vote préférentiel

Il pourrait s’écouler plus d’une semaine avant que les New-Yorkais connaissent le gagnant de la primaire démocrate pour l’élection à la mairie de leur ville. Cela tient au mode de vote préférentiel qui sera utilisé à l’occasion de ce scrutin.

Ce mode de scrutin permet aux électeurs de classer jusqu’à cinq candidats par ordre de préférence. Si aucun des candidats n’obtient 50 % des voix lors du dépouillement des premiers choix, on élimine de la course celui qui a obtenu le moins de voix, tout en redistribuant le deuxième choix de ses électeurs. Si, après un deuxième tour, aucun des candidats n’est élu, on répète l’exercice jusqu’au moment où un candidat obtient une majorité.

En 2021, il avait fallu à Eric Adams huit tours – et plus de deux semaines – pour être déclaré vainqueur de la primaire démocrate pour l’élection à la mairie de New York. En 2025, le maire Adams sollicite un deuxième mandat en tant qu’indépendant.

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