Il s’agit de la toute première mosquée contemporaine pour les femmes dans le monde musulman. À l’initiative de Son Altesse Cheikha Moza bint Nasser, Présidente de la Fondation du Qatar, et du Centre Al-Mujadilah, cette œuvre architecturale inédite a été signée par les architectes du studio américain Diller Scofidio + Renfro. La vocation du lieu, « favoriser une société musulmane plus inclusive où les femmes peuvent contribuer à façonner la pensée et le discours islamiques contemporains », revendique Al-Mujadilah. Située au sein du campus Education City à Doha, cette nouvelle mosquée s’intègre à un centre d’enseignement et de recherche de 12 kilomètres carrés.
Une mosquée par et pour les femmes musulmanes
Al-Mujadilah signifie « celle qui engage le dialogue », et son nom suffit à embrasser sa raison d’être : un espace consacré aux femmes pour se rencontrer, apprendre et pratiquer sa foi ensemble, composé de différents espaces religieux, ainsi que d’une bibliothèque. Sohaira Siddiqui, directrice exécutive d’Al-Mujadilah s’exprime : « Al-Mujadilah est avant tout un centre pour les femmes. Nous sommes rapidement devenus une destination privilégiée pour les femmes musulmanes de tous horizons, leur permettant d’accéder à un large éventail de programmes et d’activités conçus pour les aider à appréhender les nombreux aspects complexes de la vie moderne. Notre sommet annuel, Jadal, en est la preuve éclatante. Il s’agit d’un rassemblement de recherche de trois jours réunissant des universitaires, des chercheurs et des praticiens du monde entier pour discuter et analyser l’histoire des femmes musulmanes dans la vie publique, les défis actuels et les perspectives d’avenir. »
Un bâtiment fonctionnel et sculptural
Son Altesse Cheikha Moza bint Nasser a imaginé Al-Mujadilah pour répondre aux besoins des femmes au quotidien et tout au long de l’année ; le projet a ensuite été mis en œuvre par Diller Scofidio + Renfro. Elizabeth Diller, cofondatrice du studio, témoigne : « Al-Mujadilah nous a mis au défi de concevoir notre premier lieu de culte : comment interpréter une typologie architecturale traditionnelle avec une perspective contemporaine ? Le rôle de la mosquée, qui réunit harmonieusement culte et études sous un même toit, a donné naissance à la caractéristique architecturale distinctive du bâtiment. Ses arches ondulantes façonnent un grand espace de prière. »
En effet, la toiture occupe un rôle déterminante dans l’architecture de cette mosquée, en termes aussi bien fonctionnels qu’esthétiques. Abri garantissant l’intimité, capteur et diffuseur de lumière grâce à son puits, régulateur de chaleur — particulièrement indispensable dans la capitale qatarie… elle est le pivot et la signature visuelle du projet. « Le design s’inspire également de l’art et de l’architecture islamiques, où l’abstraction sert à représenter la nature transcendante du divin, ajoute Elizabeth Diller. En tant que femme, ce projet a été pour moi une occasion unique de concevoir un espace exclusivement féminin, flexible et adapté aux besoins quotidiens ».
Foi et nature
Sur 4 600 mètres carrés, le bâtiment dévoile des salles de classe, une cour intérieure et des pièces polyvalentes ; mais aussi un espace d’ablution, un minaret à la structure rappelant un moucharabieh, des jardins aménagés comme une oasis et une bibliothèque riche de plus de 8 000 ouvrages. Lieu clé d’Al-Mujadilah, la salle de prière s’étend sur quelque 875 mètres carrés accueillant un immense tapis (35×20 mètres) conçu par Diller Scofidio + Renfro, réalisé en laine néo-zélandaise tuftée à la main. La salle principale est, naturellement, orientée de 17 degrés par rapport à son axe afin de l’orienter vers La Mecque pour la prière. Enfin, Al-Mujadilah s’articule autour de deux oliviers qui percent le toit et s’élancent vers le ciel, dans la plus pure tradition islamique. L’empreinte du bâtiment dans son environnement a également eu voix au chapitre, 90% d’espèces indigènes ayant été utilisées pour concevoir l’ombrage du toit, l’eau recyclée étant privilégiée pour l’arrosage des végétaux et les luminaires émettant une faible consommation d’énergie.



