La Courneuve : Le directeur de l’école appose sur la devanture les huit enseignants absents

Le 5 juin, la veille de la fête de l’Aïd, le directeur de l’école élémentaire Angela-Davis, a apposé sur la devanture de son établissement une affiche manuscrite listant, avec leur nom, les huit enseignants absents le lendemain. Problème : il a indiqué que ces absences étaient liées à un motif religieux.

« Une publication non réglementaire et inacceptable » pour le rectorat, qui rappelle que ces absences pour les fêtes religieuses sont « de droit ». Les syndicats sont vent debout et dénoncent « une mise en danger » de leurs collègues.

« Je ne comprends pas ce type de pratiques, c’est une non-maîtrise complète des cadres juridiques. » Onze jours après les faits, Marie-Hélène Plard, cosecrétaire départementale du Snuipp-FSU ne décolère pas. Tout comme les autres syndicats du premier degré de Seine-Saint-Denis qui ont signé ce mardi un communiqué pour dénoncer une « mise en danger » de leurs collègues.

« On est quand même dans un contexte où l’on voit du terrorisme d’extrême droite, où l’islamophobie est un élément qui revient régulièrement, s’alarme la syndicaliste. Cette affiche comme ça dans la rue, sur la devanture de l’école, visible de tout un chacun, aurait pu être diffusée via les réseaux sociaux. »

Le Parisien

Communiqué de l’intersyndicale éducation 93, 17 juin 2025

L’intersyndicale FSU, CGT, SUD, CNT de Seine-Saint-Denis exprime son soutien plein et entier aux collègues de La Courneuve dont les noms ont été affichés publiquement dans la rue, accompagnés de la mention de leur absence pour une fête religieuse, en l’occurrence l’Aïd.

Cette pratique constitue une atteinte grave à la vie privée et à la protection des agent·es. En exposant le motif de leur absence, pourtant parfaitement légal et autorisé par la hiérarchie, ces collègues ont été mis·es en danger. Cette divulgation contrevient aux principes fondamentaux du service public, notamment au respect du principe de laïcité, qui implique à la fois la neutralité de l’État et la garantie de la liberté de conscience des agent·es.

Nous saluons le soutien clair et sans ambiguïté apporté par les parents d’élèves et la municipalité, qui ont pris leurs responsabilités en défendant les agent·es face à cette stigmatisation injustifiée. Ce positionnement est essentiel pour réaffirmer les valeurs de respect, d’égalité et de protection qui doivent guider l’action publique.

Nous dénonçons avec la plus grande fermeté l’amalgame opéré entre l’absence de quelques agent·es et une prétendue atteinte à la République. Le parallèle douteux, suggéré dans cet affichage, entre l’Aïd et la date symbolique du 6 juin (débarquement de 1944) ne fait qu’attiser les tensions. Ce type de rhétorique fait écho aux théories racistes et conspirationnistes, comme celle du « grand remplacement », et participe à une banalisation inquiétante des discours islamophobes.

Nous rappelons que les autorisations d’absence pour fêtes religieuses sont prévues par la réglementation et relèvent d’un cadre strictement administratif, validé par l’institution. Aucune dérive, aucun manquement ne peut être reproché à nos collègues.

Nous appelons l’administration à :

  • garantir une protection sans faille à ses agent·es, comme le prévoit leur statut ;
  • engager les mesures nécessaires pour faire cesser de telles pratiques.

L’émotion est vive, tant chez les personnels que parmi les familles, choqué·es de voir ainsi des agent·es stigmatisé·es. Dans un contexte national marqué par une recrudescence de l’islamophobie, il est urgent de réaffirmer les principes de respect, d’égalité et de non-discrimination.

L’intersyndicale 93 restera pleinement mobilisée pour défendre les droits et la dignité de tou·tes les personnels.