Le meurtrier d’Hichem pressé de voir « Marine ou Jordan arriver au pouvoir pour virer les immigrés »,

« Le racisme tue ! » Me Alain Lhote, avocat pénaliste au barreau de Marseille, pose la question de savoir si le RN ne propage pas de discours raciste, alors pourquoi autant de racistes s’en réclament-ils ?

Hichem Miraoui discutait avec sa mère au téléphone quand il a été abattu de plusieurs balles par Christophe Belgembe. Il avait promis à sa mère qu’il rentrerait bientôt au pays. Il a quitté la France dans un cercueil pour sa Tunisie natale. Hichem Miraoui, âgé de 45 ans, en France depuis 15 ans, coiffeur à Puget-sur-Argens (Var). Un homme sans histoire, serviable, gentil, apprécié de tous, dans ce village de 8 000 habitants.

L’homme arrêté, Christophe Belgembe, 53 ans, est l’auteur de nombreux messages violents, haineux, sur les réseaux sociaux, postés avant et après le meurtre. D’appels aux meurtres de musulmans, mais aussi à voter en faveur du Rassemblement national. Pressé de voir « Marine ou Jordan arriver au pouvoir pour virer les immigrés« , le suspect est un fidèle des publications du maire RN de Fréjus, David Rachline.

Depuis la guerre d’Algérie, des meurtres visant des personnes identifiées comme maghrébines ponctuent la sinistre chronique du racisme en France. Certains discours politiques ont pu inspirer des passages à l’acte, comme le meurtre d’Ibrahim Ali, jeune Français d’origine comorienne tué en 1995 à Marseille par un colleur d’affiches du Front national. Avocat de la partie civile, j’avais stigmatisé devant la Cour d’Assises d’Aix-en-Provence les discours de haine, car les mots sont des poignards, des passeports pour l’ignoble.

Une nouvelle fois, à Puget-sur-Argens, le racisme a tué et l’intolérable s’est produit. Mais la volonté d’un meurtrier raciste d’inciter à s’inspirer de son geste n’avait jamais abouti à une qualification de « terrorisme« . Le choix de saisir le parquet national antiterroriste s’appuie notamment sur l’appel à « aller les chercher là où ils sont (les étrangers) » posté sur les réseaux sociaux par Christophe Belgembe, lequel est donc visé par une information judiciaire pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste, commis en raison de la race ou de la religion. »

Le crime raciste défigure la République et pose la question de l’émergence inquiétante d’un terrorisme d’extrême droite. Le parti de la « préférence nationale » a beau récuser tout racisme, plus de 90% de ses électeurs considèrent qu’il y a trop d’étrangers en France, selon l’enquête « fractures Françaises » d’IPSOS. Reste donc une question plus pressante encore après cet assassinat : si le RN ne propage pas de discours raciste, pourquoi autant de racistes s’en réclament-ils ?

Christophe Belgembe met en lumière l’ambiguïté, voire la perversité des discours du RN. La façade de respectabilité édifiée par Marine Le Pen camoufle des messages de haine portés par ses troupes. La présentation de l’immigration comme une « submersion » responsable de tous les maux du pays, l’identification des musulmans aux terroristes et des auteurs de violences urbaines à des « sauvages » distille depuis des années un poison violent, celui du rejet de l’étranger que des groupes d’ultra-droite ou des individus isolés sont incités à traduire en actes.

Il y a une responsabilité morale d’une part croissante de l’échiquier politique à la phraséologie du RN. Le ministre de l’Intérieur, en dénonçant les « barbares » après la victoire du PSG, en plaçant sans cesse l’islam, les musulmans et l’Algérie au centre de sa communication, alimente comme d’autres responsables politiques la machine à haine. Au dire de Freud, « un peu de différence mène au racisme. Mais, beaucoup de différences en éloignent irrémédiablement. Le racisme est une manière de déléguer à l’autre le dégoût qu’on a de soi-même. » Le racisme, d’où qu’il vienne, est un crime du cœur et de l’esprit !

LaProvence