C’est à la suite d’une plainte et d’une vidéo rendue publique par l’association L214 Éthique et Animaux que les services de l’État ont pris l’arrêté de suspension d’activité. Celle-ci ne pourra reprendre qu’une fois que l’établissement se sera mis en conformité avec la loi.

L214 a été entendue. Après que l’association a rendu publiques jeudi des images tournées en caméra cachée dans un abattoir où l’on voit des animaux mourir dans d’atroces souffrances et après qu’elle a déposé plainte pour « actes de cruauté », le préfet de Seine-et-Marne a réagi. Il a ordonné la fermeture de l’abattoir halal Aminecov de Meaux. Un lieu où l’on procède à l’abattage rituel de bovins et d’ovins depuis presque vingt ans.
Dans l’arrêté préfectoral de sept pages, les services de l’État justifient la fermeture par « une perte de maîtrise » qui entraîne « des mauvais traitements » eux-mêmes ayant pour conséquence « des souffrances évitables » des animaux. La préfecture évoque les « douleurs et détresse » des animaux recevant « des chocs électriques » et « des coups de couteau (…) sur des parties du corps particulièrement sensibles comme le dos ou le périnée ».
Les bovins sont insuffisamment maintenus. Ils se blessent. Quand vient le moment de l’égorgement, celui-ci ne peut être pratiqué correctement puisque les bêtes continuent à se débattre. « Les incisions sont moins efficaces et plus douloureuses », remarquent encore les services de l’État, qui constatent qu’au moment où les animaux sont hissés, ils présentent « des signes de conscience » alors qu’ils ne le devraient pas.
Quant aux veaux, leur situation est tout aussi effroyable. Faute de systèmes adaptés à leur taille, ils luttent eux aussi, ce qui provoque des douleurs puissantes. C’est donc pour éviter « de soumettre d’autres animaux à des souffrances évitables » que l’activité a été suspendue.
Obligation de suivre une formation sur « la protection animale »
Pour espérer pouvoir reprendre le travail, la société Aminecov devra envoyer dans un centre agréé l’ensemble de son personnel en contact avec les bêtes pour qu’il suive une formation « à la protection animale ». Dans le même temps, les installations d’amenée et d’immobilisation des animaux, spécialement pour les veaux, devront être transformées pour être adaptées « au gabarit » des bovins. C’est seulement une fois que ces obligations seront remplies et qu’elles auront été constatées par la préfecture que l’activité de l’établissement pourra reprendre.
La société Aminecov est située dans la zone industrielle au nord-est de Meaux. D’un côté de la rue, on trouve l’abattoir, de l’autre une boucherie du même groupe installée dans un ancien centre de tri postal. Historiquement municipal, l’abattoir a été repris par la société privée.
C’est ce même abattoir Aminecov, aujourd’hui fermé jusqu’à nouvel ordre, qui avait reçu la visite surprise en 2016 d’une commission d’enquête parlementaire sur la souffrance animale. La même année, les services vétérinaires avaient relevé que les installations étaient inadaptées. À lire les écrits du préfet, on dirait que rien n’a changé depuis cette époque.
L’arrêté précise que l’abattoir peut commercialiser les carcasses et abats destinés à la consommation humaine issus d’animaux abattus avant la suspension d’agrément « sous réserve du respect de leurs conditions de conservation ».
Ce samedi après-midi, un agent croisé devant la boucherie en gros nous renvoyait vers le bâtiment d’en face, où des responsables étaient censés être présents selon lui. Sorti de l’abattoir, un homme en blouse blanche nous a fait signe de loin que l’établissement était fermé et nous a conseillé de revenir sur nos pas. Nos appels, y compris sur le portable d’astreinte de l’abattoir, sont restés sans réponse.